Le journalisme expliqué à M. Panda (Ep.1): La sélection des quotidiens
Liquider l'héritage de mai 68 ? Denis Olivennes, le président de la Fnac et nouvel ami de Sarkozy , adhère tout à fait au programme : s'il s'agit de faire du liquide avec mai 68, allons-y ! Et ça tombe bien : il y a de quoi faire une barricade de tous les livres, disques et autres films qui ressortent pour les 40 ans de Mai. Une opération de communication géante autour de mai 68 a donc été lancée dans toutes les Fnac de France. A commencer par celle de Montparnasse à Paris, où se tenait lundi dernier une soirée de gala privée mais néanmoins infiltrée par votre serviteur.
Ledit serviteur n'a aucun mérite. J'étais en effet invité à cette soirée en qualité de troubadour, d'amuseur officiel des gens du monde. Comme la Fnac s'est acoquinée à divers niveaux avec Sciences Po pour organiser sa com' autour de 68, la chorale politique de l'école a été sollicitée pour accueillir les invités par des chants soixante-huitards. Et cette chorale, et bien j'en suis. Sans aucune illusion sur la récupération dont elle était l'objet, la troupe des petits chanteurs à la faucille de bois a accepté l'invitation. Après tout, cette soirée serait l'occasion d'essayer de faire chanter "A bas l'Etat policier" à Denis Olivennes et de manger (un peu) et boire (surtout) à peu de frais. Et pour moi, de vous en faire un compte-rendu tout à fait interactif.
Ça commence ainsi par notre performance vocale en vidéo, alors que rentraient les invités dans l'espace lounge aménagé pour l'occasion. C'est quasiment tout le temps faux, c'est pour ça que c'est bon :
Après ce grand moment de musique, Barbara Carlotti a chanté sans rencontrer plus de succès que nous à l'applaudimètre. Pendant ce temps là, je prenais des photos, histoire de mitonner un petit slideshow à même de résumer l'esprit de cette soirée :

Vivement les 150 ans de la Commune fêtés au caviar ! Histoire de compléter l'édifiant témoignage de la soirée, je suis allé recueillir quelques réactions auprès des supporters de la
chorale, fortuitement massés autour du buffet.
Tout d'abord le point de vue d'Antonin Lambert, étudiant en première année à Sciences Po :
Et un florilège de ses petits camarades :
Mais finalement cette petite sauterie symbolise assez bien l'évolution qu'a connu la Fnac au cours de son histoire. Fondée en 1954 par deux trotskistes, André Essel et Max Théret, la Fédération nationale d'achat des cadres était une coopérative soixante-huitarde avant l'heure. Puis elle s'ouvre au public (et devient la Fédération nationale d'achat) et au grand capital quand banquiers et assureurs (UAP et Paribas) deviennent ses principaux actionnaires en 1970. Dès lors la Fnac a enflé pour devenir le premier distributeur de produits culturels en France, mais aussi dans près de dix autres pays.
Aujourd'hui, la Fnac appartient au groupe Pinault Printemps Redoute et réalise un chiffre d'affaires annuel de plus de 4 milliards d'euros. Le management est à l'image de celui des autres grandes entreprises : il faut "bouger de plus en plus vite, de plus en plus fort", selon les mots de Denis Olivennes. D'où un plan de reclassement, l'année dernière, de 1000 salariés qui a fait du remous dans les enseignes. La petite coopérative est bien loin, l'esprit trotskiste aussi...
On parle fréquement, à propos du journalisme, de
quatrième pouvoir, qui viendrait s'ajouter aux trois autres pouvoirs bien connus depuis Montesquieu, à savoir le législatif, l'executif et le judiciaire. C'est un thème galvaudé, maintes
fois rebattu, sans cesse discuté. Pourtant, j'ai eu l'occasion d'en faire l'expérience concrète tout récemment, dans le cadre du stage hivernal que j'effectue ces jours-ci...
Cette épiphanie ne se suffit cependant pas à elle-même et il
convient de ne pas sombrer dans la béatitude ou l'arrogance. Il me semble que deux contrepoints méritent particulièrement d'être soulevés, pas bien originaux non plus par ailleurs. Premièrement :
avec ce pouvoir viennent des responsabilités particulières. Parceque le journaliste est puissant, parcequ'il a le pouvoir de détruire beaucoup de choses, il doit faire particulièrement attention.
C'est une règle de base de la déontologie, je ne développe pas. Deuxièmement, plus intéressant : avec ce pouvoir viennent les emmerdes. Parceque le journaliste est puissant, parcequ'il détient un
pouvoir, d'autres acteurs détenteurs ou aspirant à détenir un pouvoir vont chercher à le lui ravir, ou du moins à le diminuer. L'histoire de la censure est aussi longue que celle de la presse...
Par ailleurs, Reporters Sans Frontières ne cesse de rappeller, avec son baromètre annuel, que la situation des journalistes dans le
monde n'est pas toujours joyeuse, de l'emprisonnement aux assassinats en passant par les enlèvements. Et n'allons pas croire que tout va pour le mieux dans nos contrées pacifiées : les méthodes
sont moins violentes, mais la volonté de contrôle est bien la même.
J'ai d'abord publié ça sur le blog de mon école de journalisme, mais en fait ça peut intéresser tout le monde... D'ailleurs, je publierai désormais aussi ici tout
ce que je peux poster là bas. D'où l'ouverture d'une rubrique "Journalisme"...
Le journaliste, à l'instar de nombreuses autres professions (telles que l'agent secret, le mafioso ou la prostituée - le journaliste n'est-il pas un peu tout ça à la fois d'ailleurs ?), a nourri
l'imaginaire de nombreux auteurs à travers les âges, aussi bien sur papier qu'à l'écran, et notamment en bandes dessinées. A l'approche des fêtes de fin d'année, pour changer un peu des sujets
polémiques de cette rubrique, voici un petit guide tout à fait subjectif de bandes dessinées ayant trait, de près ou de loin, au journalisme, à offrir ou à se faire offrir.
Commençons par l'incontournable
Tintin, qui cumule le double avantage d'être le reporter et le personnage de bande dessinée le plus connu dans le monde. Il a fait rêver des millions d'enfants à
travers ses voyages et ses aventures, et suscité plus d'une vocation de journaliste. Soulignons d'ailleurs qu'hormis de rares exceptions, on ne le voit quasimment jamais faire son
boulot de reporter. Pour ceux qui ont déjà tous les albums ou qui cherchent un beau cadeau, les éditions Casterman ont eu la bonne idée de ressortir depuis peu des fac-simile des anciennes
éditions des premiers albums. A ne pas manquer (antisémitisme, racisme et anticommunisme une fois mis de côté).
On retrouve aussi beaucoup de héros-journalistes dans la bande dessinée populaire américaine. Impossible de ne pas évoquer Peter Parker (alias Spiderman), photo reporter au Daily
Bugle quand il ne saute pas d'immeubles en immeubles dans un costume ridicule. Non moins ridicule, le costume moule-boule de Superman (alias Clark Kent), qui est à la ville
journaliste au Daily Planet de Metropolis. Le métier de journaliste est là aussi plus un prétexte qu'autre chose, même si dans les créations les plus récentes cet aspect des personnages est un
peu plus exploré.
Plus intéressants, les personnages de Ben Urich et Sally Floyd, qui officient respectivement au Daily Bugle et à The Alternative. Le premier est un personnage
récurrent des comics Spiderman et Daredevil, journaliste d'investigation rodé et solitaire (et un peu loser façon Woody Allen). La seconde est une jeune et pimpante journaliste, un poil
idéaliste. On les retrouve tous les deux dans la série de comics Civil War, sortie l'année dernière, et qui raconte la guerre civile (sans blague) entre superhéros après que
le gouvernement américain ait passé une loi de sécurité intérieure obligeant les vengeurs masqués à se découvrir. Les pro-gouvernement sont menés par Iron Man et affrontent les anti-gouvernement
emmenés par... Captain America. Je posterai de toutes façons quelques pages de ce comic tout bientôt.
Pour finir avec
les comics, citons le remarquable DMZ, dont le personnage principal, Matthew Roth, est lui aussi journaliste. "DMZ" pour De-Militarized Zone, ainsi que l'on
nomme Manhattan depuis quelle se trouve au coeur d'une guerre civile (décidemment) américaine, qui l'a complètement dévastée - genre Sarajevo en 1993 c'est rien à côté. Notre joyeux journaliste
novice se retrouve parachuté au beau milieu de cette jungle urbaine où snipers et attentats sont le lot quotidien des habitants de la zone. Et peu à peu, il apprend sur le tas son métier, se
met à faire des reportages, devient une figure reconnue, d'autant plus facilement qu'il est le seul journaliste sur place. C'est très bien réalisé graphiquement et remarquablement
écrit.
Revenons à la bande dessinée européenne, avec la sortie de Chroniques Birmanes, de Guy Delisle. L'auteur n'est pas journaliste, mais peut y être assimilé tant ses
récits autobiographiques sont comme de grands reportages édifiants. Guy Delisle n'en est en effet pas à son coup d'essai, puisqu'il a déjà pu raconter avec
Shenzen et Pyongyang l'expérience de deux autres dictatures asiatiques. A chaque fois, il raconte dans un style graphique simple et d'une écriture légère et
pertinente ses voyages dans des pays encore trop méconnus. Bref, c'est vraiment bien !
Dans la même
veine de ce que l'on commence à appeler le "journalisme de bandes dessinées", citons l'excellent Etienne Davodeau, qui s'est fait une spécialité des albums-reportages en province, avec des vrais
gens. Dans Rural ! il nous raconte l'histoire d'un groupe de jeunes agriculteurs du Maine qui décident de se convertir à l'agriculture biologique et responsable, alors
qu'une autoroute est en construction dans la région. Les Mauvaises Gens est consacré au passé militant et syndical de toute une génération d'habitants des Mauges, région très
traditionnelle comme on peut en trouver à l'ouest. Enfin on ne saurait que trop conseiller Un Homme est Mort, récit en collaboration avec Kris, à la précision
journalistique admirable, de la mort d'un militant méconnu lors des grandes grèves de Brest dans les années 50.
Pour finir, évoquons Le Photographe, bande dessinée de Guibert déclinée en trois tomes se basant sur les photographies de Didier Lefèvre, photo reporter en Afghanistan, décédé
cette année. Le dessin est épuré, le propos est particuièrement saisissant, la série récompensée cette année à Angoulème. Et surtout, je compte sur vous pour ajouter de nombreuses
autres bandes dessinées à cette liste, de Ric Hochet à Fantasio, les journalistes dessinés ne manquent pas !
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