Lundi 28 janvier 2008
Ca fait un moment que je n'ai pas posté de critique culturelle sur ce blog,  et je crois n'en avoir jamais fait  au niveau musical. Voilà donc venue l'occasion de commencer, puisque  j'ai pu découvrir deux très bons groupes samedi soir en concert. C'est mon petit frère qui m'a entraîné , voulant  notamment que je voie "Fahoro Mei", une formation de fusion avec lequel son groupe entretien des relations d'amitié depuis un concert commun en novembre. Et je n'ai pas regretté le déplacement !

Avant de m'attaque aux groupes en question, un petit mot sur la salle, que je découvrais également à l'occasion : la Scène Bastille. Idéalement située à quelques encablures de la place de, la Scène Bastille offre également un cadre très agréable, avec une déco sobre, faite de poutrelles, rivets et autres lampions oranges. La salle peut contenir facilement deux cent personnes, sans compter les quelques tables sur les côtés. Car il y a aussi un bar, particulièrement fourni du reste. On regrettera par contre la gestion de la fin du concert : cinq minutes après le dernier morceau, il fallait déjà quitter  la salle, apparement pour cause de transformation en boîte de nuit après minuit.

High-Hopes.jpgMais venons en à l'essentiel : les groupes ! Si trois groupes étaient à l'affiche ce soir, deux m'ont particulièrment accroché : High Hopes et Fahoro Mei, donc. C'est High Hopes qui a ouvert le bal, avec des compos qui vont chercher leur inspiration à la fois dans le grunge (Nirvana, et surtout Nickelback pour la voix du chanteur), dans des riffs entêtants comme ceux d'Interpol, et surtout chez les Smashing Pumpkins, dont le nom m'est spontanément venu après l'écoute de deux ou trois morceaux du groupe. Et ça tombe bien, car j'adore les Smashing Pumpkins ! Les chansons sont donc rarement joyeuses mais particulièrement touchantes, servies par une musique à écouter très fort dans le casque, tout seul dans le noir au fond de son lit. High Hopes a un site web et surtout est écoutable sur Jamendo. Ils ont aussi un chouette CD à 5€, plutôt bien enregistré d'ailleurs.

Fahoro.jpgFahoro Mei cloturait le concert, et l'a fait de fort belle manière. Si j'avais pu écouter quelques uns de leurs morceaux en ligne, c'est vraiment en concert que l'effet est le plus réussi. Car Fahoro Mei fait du lourd, un son qui va chercher très clairement du côté de Rage Against the Machine et, pour une référence française (car Fahoro chante en français), No One is Innocent. D'ailleurs c'est tant mieux que les chansons soient en français puisque les textes sont très bien écrits et, pour ne pas me déplaire, assez engagés. Bref, une heure de pogo avec pour fond les prestations vocales de Naïm, le chanteur du groupe, qui scande aussi bien qu'il murmure. Fahoro Mei s'écoute sur Jamendo et possède un site web (pas modifié depuis longtemps par contre).
par Louis publié dans : Critiques
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Jeudi 27 décembre 2007
1285881yy.jpgLe week-end dernier, j'ai eu l'occasion de visiter l'exposition temporaire "Allemagne, les années noires", qui se tient actuellement et jusqu'au 4 février prochain au musée Maillol, à Paris. Présentant essentiellement des gravures et des dessins, l'expostion se propose d'evoquer les périodes troubles de la Première Guerre Mondiale et de la République de Weimar à travers le regard d'artistes tels qu'Otto Dix, George Grosz ou Max Beckmann. On n'en ressort, évidemment, pas indemne.

La première salle se concentre sur la guerre, avec notamment  de saisissantes eaux-fortes de Dix. Le trait est dur, les visages monstrueux, les morts se distinguant mal des vivants. La bichromie noir et blanc des dessins crée autant de jeux de contraste qui viennent amplifier l'impression très âpre que laissent ces évocations du sang, de la fange et de la merde.  Intéressante collection de cartes postales de l'artiste, qui, pour échapper à la censure,  dessinait de façon très sommaire ce qu'il voyait à ses proches.

Les dessins de George Grosz sont plus ronds mais tout aussi horribles. Parfois, on confine même à la bande dessinée, et je n'ai pu m'empêcher de songer aux travaux de Tardi (qui a très certainement vu les oeuvres de ces artistes allemands de l'entre-deux-guerres) sur le premier conflit mondial. Beckmann déroute, bouscule les perspectives, multiplie les angles improbables, aigüs, abrupts : face à ses oeuvres, on se penche souvent, on avance, on recule, on plisse les yeux, ce qui rend le trouble de l'artiste encore plus sensisble.

dix.jpgAu milieu de la salle, quelques affiches de propagande de l'époque, bien entendu lisses et héroïques, offrent un contraste qui donne encore plus de vigueur aux oeuvres présentées. En bout de salle, on passe de la guerre à la ville, dont sont offertes quelques représentations torturées : la ville est un espace de conflit, de promiscuité, d'oppression, d'avilissement. Le style est similaire à celui utilisé pour évoquer la guerre, et l'on comprend  d'ores et déjà l'importance que prend l'expérience du conflit dans la vision des artistes allemands d'après-guerre, avec en germe l'expressionisme.

A l'étage, les oeuvres dressent un tableau de la République de Weimar, en différents thèmes. D'abord les séquelles de la guerre : les mutilés qui mendient dans la rue, les gueules-cassées que l'on parque dans des sanatoriums pour ne pas les montrer (jusqu'à ce que le pacifiste Ernst Friedrich les montre dans un livre de photos internationaliste -il est écrit en quatre langues- en 1924)... Des rues où règnent aussi les prostituées, et où se multiplient les crimes sordides, là encore dans des évocations très crues de corps mutilés.

allemagneok.jpgDes rues agitées enfin, où se montent des coups d'état à n'en plus finir, où les milices et les orateurs de brasserie tiennent le haut du pavé. Grosz s'engage au KPD (parti communiste allemand) et livre des oeuvres plus engagées, notamment une série d'illustrations actualisées -avec capitalistes oppresseurs sur fond d'usines de brique- des Brigands de Schiller. Et tout comme je m'étais souvenu, dans la première salle, d'une exposition consacré à Dix que j'avais vue il y a près de dix ans à la fondation Maeght, je me suis remémoré la très bonne exposition du musée d'art moderne de Strasbourg d'il y a deux ans, dédiée à John Heartfield, un des pères du photomontage et qui a notamment réalisé au début des années 30 les couvertures d'AIZ, le journal du KPD. Le même style d'avant-garde, la même révolte, la même ingéniosité.

Au final, l'exposition secoue, bouleverse et est particulièrement riche des oeuvres qu'elle présente. On regrettera cependant que les explications se focalisent sur la dimension  historique et non sur le destin des artistes eux-mêmes ou sur des commentaires purement artistiques. En substance, on n'apprend pas grand chose de ces cartons. Mais c'est là bien peu de chose, tant les oeuvres, elles, sont éloquentes.

par Louis publié dans : Critiques
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Dimanche 7 octobre 2007
J'ai suivi, hier soir, comme 16 millions de compatriotes, l'extraordinaire exploit du XV de France face aux All Blacks. Bon, je n'irai pas crier trop haut qu'il me semble qu'il y a un bel en avant dans l'avant -dernière passe de l'essai de la victoire, mais le résultat est là. Et avec lui, la liesse populaire. J'étais chez un ami, dans le rupin XVIIème arrondissement, et pourtant, au coup de sifflet final, de nombreux cris ont retenti, et très vite les klaxons. Nous décidions d'aller prendre la température aux Champs-Elysées tout proches.

A notre arrivée, la plus célèbre avenue de Paris commençait à se remplir de supporters venus fêter la victoire. Drapeaux tricolores, fumigènes, chants et danses cadensées, concert de klaxons et gyrophares des forces de l'ordre présentes sur place se mélaient dans une joyeuse cacophonie tant visuelle qu'auditive. On était quand même loin des célébrations de la coupe du monde de football de l'anéne passée, mais peut être que, la soirée avançant, les Champs se sont encore plus remplis. Quoiqu'il en soit, l'ambiance était déjà fort chaleureuse tout le long de notre descente de l'avenue.

jpg-nuit-blanche2-200-a918e.jpgDescente car, outre le match de l'équipe de France, c'était aussi la Nuit Blanche hier soir, et que nous avions décidé d'aller voir les animations prévues aux Tuileries. Spectacle assez surprenant en pénétrant dans les anciens jardins royaux : un certain nombre d'installations pyrotechniques emplissaient l'espace. De nombreux pots de terre, disposés en rangées le long de l'allée centrale, crachaient de vigoureuses flammes. A l'entrée, un grand lustre composé des mêmes pots de terre enflammés accueillait le visiteur. Plus loin dans l'allée, des structures métalliques sphériques portaient ces mêmes pots de terre. Au fond, entourant la fontaine la plus proche du carrousel, de grandes cheminées de métal rougeoyaient sous l'effet de la chaleur.

Toutes ces flammes dans la nuit, dans le jardin des Tuileries, m'ont évoqué spontanément une ambiance de révolution, entre 1792 et 1871. Fascination des flammes, de l'incertitude de leur ballet soumis aux caprices du vent, retour du danger et du primaire, pour une nuit, dans un quotidien de plus en plus asceptisé et rétif au rsique.

Puis nous sommes allés à la Madeleine toute proche, dans laquelle nous avons pu découvrir une installation tout aussi fascinante, et tout autant empreinte de mystère. Juchés sur des promontoires de métal eux-mêmes surmontés d'un grand tube illuminé de bleu, des hommes et des femmes se livraient à une étrange chorégraphie à l'aide, chacun, d'un autre tube bleuté. Surplombant la foule des curieux, dans l'obscurité de l'église, ces funambules tendaient de temps à autres leurs tubes éclairés vers le bas, faisant se tendre de nombreuses mains. Les élus de ces anges pouvaient alors porter le tube à l'oreille et écouter le message délivré. 

Même si je n'ai pas eu la chance d'avoir pu m'attirer les bonnes grâces d'un des artistes, et donc que je suis ignorant de la teneur de leurs propos, l'oeuvre m'a également beaucoup plu. Très empreinte de symboles, la composition était à la fois originale dans la réalisation (on n'a pas souvent l'occasion de se confronter à de l'art contemporain vivant) et intriguante dans son intention. Le spectateur est invité à devenir acteur, est placé dans une posture de soumission et de désir irrépressible d'accéder à une vérité qu'il n'est pas sûr de pouvoir atteindre. On était, dans la Madeleine ce soir-là, en pleine caverne de Platon.


par Louis publié dans : Critiques
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Mardi 11 septembre 2007
Plan--te-Terreur.jpgJe n'aime pas les films d'horreur. Je n'aime pas beaucoup les films d'action non plus. Alors quand on m'a proposé d'aller voir "Planète Terreur", de Robert Rodriguez, j'ai un peu hésité. Certes, c'est avant tout une parodie des deux genres sus-cités, mais ne maîtrisant que partiellement les films du genre, j'avais un peu peur de ne pas saisir toutes les références. Et puis, surtout, je n'ai pas vu "Boulevard de la Mort" de Quentin Tarantino, qui forme avec le film de Rodriguez le dyptique "Grindhouse". Aux  Etats-Unis, les deux films ont d'ailleurs été diffusés ensemble, simplement entrecoupés de bandes-annonces bidons.  Mais finalement, le film de Rodriguez peut très bien s'apprécier seul, et c'est tant mieux car il m'a en plus beaucoup plu.

Planète Terreur c'est l'équivalent, et ce n'est pas étonnant, de ce que Kill Bill peut être pour les films d'arts martiaux des 70's avec les films d'action, d'horreur et gore de la même époque. L'outrance est de mise, tout comme l'humour noir et complétement décalé, les références multiples, les jeux sur la forme, etc. Tout est caricatural, et c'est tout ce qui fait le charme du film : du scénario aux répliques, des effets spéciaux au jeu d'acteur, tout respire bon ce parfum de nanar, de séries Z (se rendre à propos sur l'excellent http://www.nanarland.com) qu'on a tous vu au moins une fois. Les fameux films du lundi soir de la 6 en somme. Ainsi, de l'hémoglobine à ne plus savoir qu'en faire, des zombies purrulents et plus cannibales que ceux de Romero, des explosions à faire pâlir la tétralogie "Die Hard", une héroïne unijambiste avec une mitraillette-jambe de bois, le Bar B Q dans lequel on sert le meilleur barbecue du Texas, et beaucoup d'autres choses encore s'entremêlent dans un joyeux foutoir qui donne toute sa saveur au film.

Foutoir ne veut pas dire "n'importe quoi", et le film de Robert Rodriguez fait preuve, contre toute attente peut être, d'une très grande cohérence. Une sorte de bordel organisé en quelque sorte. Ainsi, une atmosphère particulière, à la fois surréaliste et opressante se met très vite en place, grace à une photographie soignée et très maîtrisée. A noter une utilisation très intelligente d'effets d'usure de la pellicule, dont le réalisateur joue pour intensifier certaines scènes, rendre au contraire plus froides d'autres. Le tout renforçant encore le cachet "à l'ancienne" du film, tout comme la musique, véritable répertoire de bandes originales à suspense archi-éculées. Le scénario tient sur une feuille de papier toilette, et est en lui-même prétexte à caricature : un virus qui transforme les gens en zombies, un groupe de "survivants" qui doivent récuperer un antidode, et une révélation complétement bidon à la fin. Le tout servi avec beaucoup de talent par un casting très éclectique, où l'on se plaira à reconnaître quelques visages bien connus des films de Tarantino et Rodriguez.

Planete-Terreurbis.jpgMais ce qui fait en plus le charme de Planète Terreur, c'est qu'il n'est pas qu'un simple divertissement second degré, mais qu'il porte aussi en lui une certaine subversion -déjà présente dans les films du genre des années 80, par exemple dans "la Nuit des Morts Vivants" de Romero. Ainsi, comment ne pas rire à cette scène autoparodique où,  face au cadavre écervelé de Fergie, la pulpeuse chanteuse des Black Eyed Peas et archetype de la superficialité, un docteur déclare : "Mais elle n'a pas de cerveau". Ou encore la mort d'un enfant à qui on a confié un pistolet et qui nous refait le coup de l'arroseur arrosé. Ou de voir une mamie grabataire se transformer en zombie, ou une scène de viol avortée pour cause de liquéfaction du pénis de l'assaillant en cours de zombification. On choque les bonnes consciences, on s'absout de toute morale, quitte à en faire des tonnes pour celà. Du reste, le film en lui-même peut apparaître comme subversif : le gore, la qualité parfois déguelasse de l'image, l'évocation de films complétement ringardisés, les scènes choquantes de bout en bout, etc. sont autant de contrepieds à un environnement visuel de plus en plus asceptisé, où l'on refuse tout ce qui n'est plus en haute définition, où l'on suit encore et toujours les diktats de modes et d'airs du temps aussi vite oubliés une fois les marchandises refourguées. Bref, une vraie bouffée d'air, vicié sans aucun doute, mais très appréciable.
par Louis publié dans : Critiques communauté : Cinéma
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Vendredi 7 septembre 2007
arton5702.jpgAu programme de ma sortie cinéma d'hier soir : "Sicko", le dernier documentaire de Michael Moore  qui traite du système de santé américain et de ses incroyables défaillances.  Après avoir connu le succès le plus complet avec le documentaire culte "Bowling for Columbine" sur les armes aux Etats-Unis et le palmipède cannois "Farenheit 9/11" qui aborde  les dérives sécuritaires post-11 septembre, Michael Moore revient à un documentaire beaucoup plus social, proche des "petites gens", près de vingt ans après "Roger et moi", dans lequel il évoquait le démembrement industriel du Nord-Est, et notamment les conséquences des restructurations chez General Motors sur sa ville de Flint. Autopsie...

Qu'on l'apprécie ou qu'on le déteste, Michael Moore ne laisse pas indifférent, et tout le monde lui reconnaitra un style qui lui est propre dans la façon de faire du documentaire, que ce soit pour le décrier ou l'admirer. Et Sicko ne déroge pas aux recettes qui ont fait le succès du réalisateur : montage très rythmé, mélange entre séquences filmées par le réalisateur et images d'archives, recours au cinéma d'animation et bande originale judicieusement choisie, passage du rire aux larmes quasi-permanent. Ainsi, on ne s'ennuie pas un instant en regardant Sicko, et c'est déjà en soi un bon point. J'en profite d'ailleurs pour tirer mon chapeau (ou ma casquette s'il préfère) à Michael Moore pour avoir réussi, grâce à son style si particulier, à relancer un engouement pour les documentaires au cinéma depuis quelques années. C'est là ou normalement je me remets à faire du name-dropping, mais on n'est pas là pour ça...

sicko.jpgOn retrouve aussi dans Sicko la propension naturelle qu'à Michael Moore à se mettre lui-même en scène, à filmer sa silhouette en grand angle, sa dégaine d'américain on ne peut plus moyen dans sa modeste quête de la vérité. Et là encore comme dans les précédents opus, le documentariste procède par questionements successifs, dont la naïveté apparente n'est évidemment que de façade. Le tout est sous-tendu par une construction très réussie, faite à la fois d'une progression logique dans l'investigation/argumentation et d'une gradation savament entretenue pour faire le spectacle. Ainsi, Michael Moore commence par évoquer la situation aux Etats-Unis : d'abord les non-assurés (avec un plan très cru d'autochirurgie en ouverture du film), puis les assurés, mais qui ne bénéficient pas du système car se faisant refuser le remboursement des soins par leur compagnie, pour des raisons de plus en plus incroyables. En gros : comment la logique financière prend le pas sur la logique humaine, avec toute l'horreur quotidienne que ça implique. Puis, Michael Moore décide de voyager un petit peu et commence par aller, comme dans Bowling for columbine, au Canada, pour dire que c'est mieux là bas. Puis, il ose le Vieux Continent avec l'Angleterre. Et ensuite la France ! Bigre, mais comment faire pire ? Embarquer pour Cuba pardi ! Et constater que "même" là bas, ça fonctionne bien mieux qu'aux Etats-Unis.

Alors, évidemment, on n'échappe pas non plus à certains écueils inhérents à Michael Moore. A savoir des visions biaisées, pas fausses mais auxquelles on pourrait reprocher de mentir par omission, voire quelques exagérations (le couple de Français "moyens" qui gagne 7000€/mois, "moyen" selon des critères américains peut être...). Le sentiment d'être parfois plus près de la propagande que de l'investigation. Celà étant dit, la chose reste assez limitée dans le film, et surtout presque assumée en tant que telle. Le créneau de Michael Moore, c'est le documentaire d'agit-prop, très "Pan dans ta gueule", qui sert avant tout à faire passer un message précis, en y perdant peut être un peu d'objectivité. Mais comme c'est pratiquement assumé et qu'on commence à avoir l'habitude, on sait à quoi s'attendre et on peut aussi l'apprécier comme tel. C'est en tout cas ce que votre serviteur a fait.
 
par Louis publié dans : Critiques communauté : Cinéma
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Samedi 1 septembre 2007
Accroché au début des vacances par le montage sec, les images léchées et la musique de sa bande-annonce (http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=18734152&cfilm=114644.html), j'ai enfin pu voir "Naissance des pieuvres" au cinéma hier soir. Ce long-métrage est le premier d'une jeune réalisatrice française, Céline Sciamma, fraichement émoulue de la Fémis. Le scénario du film a d'ailleurs été élaboré dans le cadre d'un travail de fin d'études, particulièrement salué par le jury. Moins d'un an plus tard, la metteuse en scène le porte à l'écran de façon remarquable.

18764982-w434-h289-q80.jpg"Naissance des pieuvres" est, quand j'y réfléchis, une sorte d'exemple-type d'un cinéma qui me plait , que je serais tenté de qualifier de "cinéma total". Derrière ce concept foireux inventé pour la circonstance se cacheraient des films particulièrement denses, dans lesquels rien n'est laissé au hasard, bourrés de symboles, d'une inattaquable cohérence, où tout, du montage à la bande son, du jeu d'acteur aux cadrages, des décors à la photographie, s'imbrique parfaitement uniquement au service du propos du film. On peut reprocher à ce type de films d'être parfois un peu trop froids à force d'être implacables, peut être. Exemples de cinéastes qui me viennent pour illustrer ce "style" : Kubrick ou Costa-Gavras (notamment "Etat de Siège").

Ainsi,  "Naissance des pieuvres" se caractérise par cette virtuosité qui consiste à ne rien lacher du premier au dernier plan du film. Le thème du film ? La complexité et la cruauté de l'adolescence, de son éveil aux sens, de la naissance du corps comme objet de désir et/ou de répulsion, etc. à travers un trio de jeunes filles qui gravitent autour de l'univers particulier de la natation synchronisée.  La mise en scène est  particulièrement soignée, toujours très juste et donnant véritablement à sentir la réalité des situations décrites. On appréciera notamment des cadrages très serrés, permettant de retranscrire au mieux le paradoxe entre des émtions très fortes mais confinées.

18764978-w434-h289-q80.jpgLes trois comédiennes principales servent très bien le film, par un jeu tout en justesse. La bande-son est très discrète, construite autour d'un seul thème particulièrement envoûtant, qui ne revient que lorsque nécessaire. Le film est très stylisé, que ce soit par ses scènes de natation synchronisée remarquablement filmées ou par ses plans des personnages évoluant dans le décor design de la ville nouvelle de Cergy Pontoise. On retrouve d'ailleurs dans les décors mêmes un certain nombre de symboles forts du film : la piscine, évidemment, lieu de moiteur et de révélation des corps, mais aussi ces clotures qu'à plusieures reprises les adolescentes franchissent par de petites ouvertures secrètes, à elles-seules métaphores de l'adolescence. Et bien sûr la natation synchronisée, univers féminin par excellence, monde de l'artificiel et de la performance, de l'uniforme et du paraître, avec tous ses envers du décor.

Il y aurait beaucoup d'autres scènes et thématiques abordées par le film à évoquer, mais je ne voudrais pas en dévoiler trop. J'espère en tous cas vous avoir donné envie de vous perdre dans les tentacules de ces pieuvres le temps d'une séance de cinéma.
par Louis publié dans : Critiques communauté : Cinéma
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Mardi 28 août 2007
GAV.jpgPour inaugurer cette rubrique, voici ma critique d'un film que j'avais vu il y a quelques années et qui m'avait déjà marqué, et que j'ai regardé à nouveau hier soir. Il s'agit de "Garde à vue", film de Claude Miller sorti en 1981, avec à l'écran une  jolie brochette d'acteurs puisque Lino Ventura, le récemment disparu Michel Serrault, Romy Schneider ou encore Guy Marchand campent les principaux personnages. "Garde à vue", ou la plongée le temps d'une nuit dans huis clos policier tout en nuances, dont on ne ressort pas indemne.

Le synospsis est simple : un notaire venu témoigner, le soir du nouvel an, dans une sordide affaire d'infanticide se retrouve sous le coup des soupçons des policiers à qui il effectue sa déposition. S'ensuit le récit de sa garde à vue. A l'image du scénario, le film en apparence minimaliste, puisqu'il respecte quasi-scrupuleusement les canons de la tragédie classique : unité de lieu, unité de temps, unité d'action. Les décors et les costumes sont également épurés et sombres, tout comme la photographie du film, ce qui contribue à créer une atmosphère à la fois sèche et oppressante. La mise en scène ne fait pas défaut et est également très sobre, faite en majorité de plans fixes qui mettent en valeur, presque comme au théâtre, le placement scénique des différents personnages.

Point de fioritures donc, comme pour mieux faire ressortir peut être l'essentiel, en tous cas l'un des bijoux du film : les dialogues signés Audiard. Le sens de la réplique que le dialoguiste a déployé notamment dans les films de Lautner ("Les Tontons Fligueurs", "Les Barbouzes", etc.) est toujours aussi fort, mais dans une utilisation ici beaucoup plus nuancée. En effet, là où Audiard savait, par des expressions devenues cultes, faire rire le spectateur aux éclats, il parvient, dans "Garde à vue", à traduire à la fois le comique et le dramatique d'une situation, son absurdité intrinsèque. La virtuosité des dialogues ne connait aucun relâchement, et l'on sort hors d'haleine mais contenté des échanges entre les différents personnages.

SerraultVentura.jpgLes personnages justement, particulièrement soignés et remarquablement interprétés par leurs acteurs. Deux couples s'entremèlent dans le film : celui formé par Lino Ventura et Guy Marchand,  l'inspecteur et son adjoint, et celui formé par Michel Serrault et Romy Schneider, le notaire et sa femme. Les rapports entre les personnages vont évoluer au long du film, au fur et à mesure que les personnalités se dévoilent et que les rapports de force se modifient. Difficile d'en dire plus sans révéler le contenu du film, mais le tout est construit avec une grande finesse.

"Garde à Vue" est un film à voir et à revoir, aux niveaux de lecture multiples. Un film qui traite de sujets aussi sérieux et essentiels que la recherche de la vérité, de la justice, la suspicion, le préjugé, les rapports de domination relationnels, l'humain et l'inhumain, etc., avec une sobriété et une justesse dans l'interprétation qui ne font que renforcer l'admirable finesse de sa conception et la puissance de son propos.
par Louis publié dans : Critiques communauté : Cinéma
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