Vendredi 21 septembre 2007
ideology-copie-1.jpgVoici venue la suite (et fin) de la réflexion entamée la semaine dernière en guise d'introduction à cette rubrique pompeusement intitulée  "Idées". Il s'agissait de se poser la question fondamentale de l'utilité de la pensée, de ses ressorts, de ses contraintes, de ses modes d'expression, etc. Je ne reviens pas sur ce qui a été écrit à l'occasion, vous trouverez ça dans la rubrique concernée. Il restait un certain nombre de points à aborder, et si je ne vais pas pouvoir tous les développer comme je le souhaiterais (on verra d'ailleurs pourquoi plus loin), je vais essayer de m'atteler à certains qui me tiennent à coeur, comme la question des idéologies.

Dieu est mort, Nietzsche est mort, et les idéologies ne se sentent pas très bien... On l'entend partout : les idéologies ne sont plus. Et il est vrai que l'on a bien plus de peine à trouver des individus se déclarant d'une idéologie précise que d'individus affirmant au contraire qu'ils ne sont "prisonniers d'aucune idéologie". On pourrait ironiser sur cette supposée fin des idéologies qui est en soi une idéologie (généralement, c'est celle d'un monde où marché et démocratie se tiennent la main et triomphent inexorablement des méchants idéologues islamorouges). Mais laissons la polémique au vestiaire et interrogeons nous plutôt sur ce phénomène. Car on ne peut le nier, notre génération, celle qui n'a quasimment pas connu la Guerre Froide, a été éduquée dans la méfiance des idéologies et les regarde du coup avec beaucoup de réserve.

C'est d'ailleurs plutôt une bonne chose : le sceptissisme fondamental, cher à Descartes, est évidemment bien plus souhaitable que l'adhésion aveugle, quasi mystique, à une idéologie inculquée dès l'enfance. Cependant, j'ai tendance à penser que de s'arrêter à ce simple rejet de toute idéologie, c'est n'avoir accompli qu'une partie du chemin.  Il ne faut pas, je crois, considérer l'idéologie simplement comme un cadre rigide, qui fixe des ornières et qui enferme la pensée. En fait, ne pas confondre idéologie et doctrine. C'est certes, souvent le cas, mais il faut justement réussir à s'affranchir de cet aspect négatif pour voir qu'une idéologie, c'est aussi le fruit d'un travail de connexion entre des pensées habituellement cloisonées pour en tirer un système cohérent d'explication du monde. Je ne dis pas que ce système doit être immuable, ou absolu dans le sens où tout doit nécessairement entrer dedans. Et la remise en question perpetuelle son/ses idéologie(s) est bien entendu essentielle.

L'idéologie, si elle adoptée et quelle qu'elle soit, doit être le fruit d'une observation du monde propre, d'où l'on tire des enseignements généraux. Elle doit être un référentiel, un simple point de repère dont on peut d'autant plus se distancer. Pour faire une métaphore fumeuse, c'est une sorte de phare, mais dont on ne doit pas se laisser aveugler par la lumière. De toutes façons, on se rattache tous plus ou moins à une ou plusieurs idéologies dans notre façon de concevoir le monde, d'envisager sa transformation, notamment par le biais de l'action politique.

Pour évoquer un autre "problème" qui se pose à la pensée, je voudrais citer une phrase de Woody Allen, qui sous des dehors naïfs résume très bien les choses :

"Quand je ne travaille pas, je pense, et quand je pense, je deviens déprimé."


Clock.jpgBeaucoup de choses à dire sur cette phrase anodine. Prenons-la par derrière (en toute élégance). "Quand je pense, je deviens déprimé". On touche là à une observation effectuée déjà par Schopenhauer, mais aussi beaucoup d'autres dans son sillage, à savoir que de penser n'est pas forcémment bénéfique pour l'individu pensant, et qu'il s'agit généralement de l'inverse. Le philosophe allemand disait dans une courte formule : "Heureux les esclaves". Après tout oui, en refusant de penser, en restant un esclave intellectuel, on est plus heureux : pas de responsabilisation, pas d'efforts, pas de révélations sur la laideur intrinsèque de la vie. Aussi, on peut se demander à quoi bon penser si ce n'est que pour apporter des malheurs à l'individu pensant.  C'est bien parceque la pensée est une nécessité tant dans l'accomplissement de soi que que dans le progrès social global qu'elle conserve certains adeptes. Ne nous leurrons pas, la grande majorité de la population de pense plus, et laisse les chaînes de télévision penser pour elle par procuration.

L'autre morceau de la phrase est intéressant car il introduit le matériel dans notre débat. Penser c'est bien joli, encore faut-il en avoir le temps. Quand on travaille huit heures par jour, qu'on doit se déplacer pour aller à son lieu de travail, qu'on a des tâches à domicile, etc.  rien n'est moins facile que de trouver le temps de penser. On pourrait lire les débats sur la réduction du temps de travail à l'aune de ce constat là : la vitalité démocratique a besoin de citoyens qui ne sont pas sur-exploités, qui ont le temps de si'ntéresser un peu aux domaines culturels, etc. A ce titre, et en guise de conclusion, votre serviteur en profite pour s'excuser de ne poster plus souvent sur ce blog : tempus fugit. D'ailleurs, il y aurait encore maintes et maintes choses à dire en introduction de cette rubrique, mais ça sera pour les calendes grecques...
par Louis publié dans : Idées
ajouter un commentaire commentaires (3)    recommander
Lundi 3 septembre 2007
Tout a été dit cent fois,
Et beaucoup mieux que par moi.
Aussi quand j’écris des vers
C’est que ça m’amuse
C’est que ça m’amuse
C’est que ça m’amuse et je vous chie au nez.

Boris Vian - Tout a été dit cent fois
Voici venu le premier article de cette rubrique "Idées", dans laquelle je vais tenter, avec les modestes moyens du bord, d'élaborer des réflexions à portée plus large et plus philosophiques que dans la rubrique "Actualité-Politique" qui se propose plutôt d'être un espace de commentaire de l'actualité.  Réflexions libres ou plus souvent appuyés sur des extraits de texte variés, puisque comme le dit Boris Vian, "tout a été dit cent fois". C'est justement cette réalité évoquée par le poète qui me pousse à me poser, en guise d'introduction, cette première question, fondamentale : Peut-on encore penser ?

Caspar.jpgLe petit poème de Vian peut sembler n'être qu'une petite pirouette vaguement provoc', pourtant elle renferme en son sein un des problèmes qui se posent d'entrée au philosophe en herbe que je suis, et que nous sommes tous. En effet, à quoi bon penser quand tout a été déjà dit ? Après tout, la philosophie a derrière elle plus de trente siècles d'auteurs et d'écrits, qui se sont tournés vers, semble-t'il, tous les objets possibles de la réflexion. Ajoutons à celà que les opinions les plus contradictoires ont été formulées, et il devient vertigineux d'envisager se lancer soi-même dans cet océan déjà bien rempli de la philosophie. Vais-je apporter quelque chose en plus à ce vaste édifice de la pensée ? Probablement non...

Alors pourquoi se jeter à l'eau quand-même ? Deux réponses me viennent spontanément. Premièrement, parcequ'il est généralement très délicat d'affirmer qu'une chose est absolue, ici que la philosophie est belle et bien finie. Faisons plutôt le pari, assez peu risqué d'ailleurs, qu'il reste, dans l'océan de la philosophie, un certain nombre d'espaces vierges à conquerir. Certes, il m'est pour le moment difficile de savoir lesquels, mais sans exploration, leur éventuelle découverte est impossible.

Deuxièmement, et c'est la réponse la plus importante des deux, parceque faire de la philosophie, ce n'est pas simplement tenter d'ajouter une pierre à un édifice. C'est avant tout un travail sur soi, tout à fait personnel, et qui doit s'affirmer avant tout en tant que tel, surtout à un niveau aussi modeste que le mien. Ce qui importe, ce n'est pas tant de parvenir à formuler une pensée qui n'a jamais été formulée, car on l'a dit, c'est particulièrement compliqué du fait de la somme déjà existante des pensées et de notre niveau respectif en la matière. L'important, c'est de faire un cheminement propre, qui ammène à formuler des idées quand bien-même elles l'ont déjà été mille fois par le passé. C'est avoir réussi à édifier un petit édifice, complétement dérisoire par rapport à la somme de la philosophie jusqu'à nos jours, mais un édifice que l'on aura réussi à élever soi-même et qui, par son édification, nous aura transformés. Pour résumer le tout dans un aphorisme bancal : mieux vaut passer sa vie à construire une petite cabane qu'à contempler un superbe palais.

C'est beau comme du Friedrich Nietzsche (ou plus probablement du Jean-Claude Van Damme), mais ça ne répond qu'à moitié à notre question. On vient là d'évoquer, de manière très rapide d'ailleurs, une des finalités possibles de la philosophie à l'échelle individuelle. Mais la question des moyens alors ? Comment penser, avec quels méthodes, quels supports ? Faut-il tourner complétement le dos à tout ce qui a déjà été écrit, formulé, pensé ?

Open-Minded.jpgAssurément non : l'étude des textes philosophiques est évidemment particulièrement stimulante et positive pour l'esprit. Elle permet de découvrir des modes de réflexion auxquels il n'est pas forcémment habitué, elle ouvre des pistes réflexives sur toutes sortes de sujets, que l'on aurait peut-être jamais envisagés avant que leurs auteurs ne les évoquent. Ceci étant dit, il ne faut pas que l'étude de ces textes nuise au cheminement personnel qu'on évoquait plus haut. C'est à dire qu'il ne faut pas qu'elle joue le rôle d'inhibiteur, sur le registre du "Tout a été dit cent fois, et beaucoup mieux que par moi, donc ça ne sert à rien que je pense", pour les raisons que l'on a évoquées plus haut. Il ne faut pas non plus que cette étude de textes se passe d'une essentielle distanciation, d'un regard critique permanent et d'une affirmation du "moi philosophique", même face à des poids lourds. "Socrate dit ça, mais si il me semble que c'est de la merde, ça a beau être Socrate, je dois le dire et surtout tenter d'expliquer pourquoi". Mais toujours argumenter, ne pas tomber dans le fanatisme aveugle, que ce soit dans l'adoration ou la détestation des auteurs.

Je me rends compte que j'avais encore pas mal de choses à évoquer en guise d'introduction, mais elle est déjà bien trop longue en tant que telle. Aussi, je laisse à un prochain article les questions pourtant très liées des idéologies, de leur déconstruction généralisée, d'éventuelles reconstructions, du contexte actuel défavorable à la pensée (l'idée contre la marchandise), etc. Et n'oubliez pas de penser, même de façon aussi médiocre que je viens de le faire, mais pensez !
par Louis publié dans : Idées
ajouter un commentaire commentaires (1)    recommander

Présentation

Créer un Blog

Recherche

Calendrier

Juillet 2008
L M M J V S D
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31      
<< < > >>

Album photos

Blog : Journal Intime sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus