Mercredi 7 mai 2008
Article publié pour la première fois sur L'héritage de mai 68

68tours_3

Après une année 2007 couronnée d'un succès international, le duo français de musique électronique Justice refait parler de lui. Depuis le 1er mai, le groupe diffuse sur Internet exclusivement son nouveau clip, "Stress". Un clip dur, coup de poing et qui buzze : mille commentaires ont été déposés en une semaine avant que Dailymotion, où le clip a été mis en ligne, ne désactive la possibilité de le faire. Bien, et le rapport avec mai 68 dans tout ça ? Regardons d'abord le clip, on en reparle après...


A l'image, une bande de jeunes encapuchonnés, blousons noirs à l'effigie du groupe, sortent de leur quartier gris pour semer la terreur à Paris à grands coups de latte et de matraque. Un caméraman les suit, un preneur de son aussi. La caméra s'enraye même une fois pour nous le rappeler. On braque une vieille, on tabasse un jeune, on démolit un bar, on se fait courser par les flics, le tout sur une musique hypnotique. Finalement c'est une voiture que l'on vole façon GTA avant d'y mettre le feu ainsi qu'au preneur de son au passage. Le caméraman finit par se faire prendre à partie, cracher dessus puis assommer avec une bouteille en verre. "Ca te fait kiffer de filmer ça, fils de pute ?". Fin de l'histoire.


Le clip est violent ? Oui, de la violence brute, nihiliste, qui s'attaque à tout. De la violence qui choque, qui nous ramène aux skins des années 80, aux Warriors des 70's jusqu'aux pavés de 68, quand aujourd'hui on se regroupe pour danser la tecktonik. Un pavé dans la gueule, en somme. Le clip est raciste parce qu'il montre une bande de jeunes sans blancs ? Nouveau pavé dans la gueule d'un conformisme qui a poussé, depuis des décennies à mettre des quotas raciaux dans tous les films hollywoodiens (même si le noir n'est jamais celui qui survit jusqu'au bout) ou d'une discrimination dite positive mais qui n'en reste pas moins une.

Histoire_de_la_mode


Le clip de Justice n'oublie personne : le bourgeois catho-tradi sera autant choqué que l'étudiant gauchiste, la mère au foyer ou le jeune cadre dynamique. Choquer, éloge du nihilisme, nous voilà revenus au temps des situationnistes, de leur critique radicale de la société du spectacle comme elle est effectuée dans ce clip -"Ca te fait kiffer de filmer ça, fils de pute ?"- jusqu'à l'autodérision quand les jeunes défoncent l'autoradio qui diffuse D.A.N.C.E., le premier tube du groupe. En somme, ce n'est nullement dans le délire commémoratif ambiant mais peut-être bien dans le dernier clip de Justice que se trouve l'héritage de mai 68.


Arthur Cembrese (mon pseudo sur le blog en question)

par Louis publié dans : Rubrique à brac
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Commentaires

ouaouh, Louis t'as été repris par Rue 89, le début de la gloire ?

http://www.rue89.com/2008/05/08/la-video-ultraviolente-de-justice-une-polemique-marketing
commentaire n° : 1 posté par : Kimio le: 08/05/2008 15:24:39
Ouaip, la khlâsse !
commentaire n° : 2 posté par : Louis le: 08/05/2008 22:34:14
Moi je n'y vois aucun héritage de 68, pas une once, rien du tout. Je n'y vois qu'un film bidon qui affiche de la violence gratuite, filmé à la manière de l'amateur "youtubien". Qui se veut provocateur, mais qui interdit toute critique constructive, qui tue dans l'œuf le débat sur les banlieues, qui stigmatise à tout va et dont le style a toujours fait le lit de l'extrême droite dans ce qu'il a de stéréotypé.

Face à une telle violence que faire sinon se cacher et espérer qu'une voiture de la BAC passe ? Quoi de plus naturel comme sentiment.
Surtout et c'est le plus grave, aucun début de message posant les bases d'une analyse futures. Le film n'a pas de contexte, pas d'environnement rien qui puisse permettre de comprendre la véracité de tels actes et ce qui aurait pu les motiver.

Surtout ce film va, une fois de plus faire payer à une majorité de population tout à fait "normale" et honnête les déboires d'un comportement marginal sans cesse porté sur le devant de la scène par les classes politiques ainsi que par les médias, qui plus est une fois de plus incarnés par des enfants issus de l'immigration. Plus facile de faire peur que de faire rêver quand on s'intéresse à ce que soi-disant il se passe en banlieue et en périphérie urbaine.
Les messages de mai 1968 étaient affichés partout ou cela était possible, écoles, murs d'usine etc. il y avait un message collectif et j'insiste dessus, de révolte, autour de l'idée de progrès social ( en référence à 1936, mais aussi à la libération et au CNR ) mais aussi de la solidarité, de l'entraide, de la découverte des autres et du monde, de la compréhension, dans la non violence ( CRS exclus ! ).

La violence n'est pas ce qu'il faut retenir à mon sens des évènements de mai / juin 68, dans ce film que de violence, donc par voie de bon sens je ne vois pas de rapport direct dans le style de contestation.
Les idées de Kourtrajmé me paraissent extrêmement réductrices voir tendancieuse dans ce qu'elles ont de populistes. Cessons de niveler par le bas, la violence, le tuning etc... N'y a-t-il plus de culture populaire dans les quartiers populaires ?
A cette époque les contestataires étaient organisés autours d'associations ou de syndicats qui eux mêmes fédéraient les gens sur des idées de projet social clairs qu'ils soient progressistes ou conservateurs.

Il avait une méthode et une culture de "lutte sociale" et la plupart de la population savait ou se situer par rapport à ça, c'est un héritage historique.
De plus l'histoire de Mai 1968 n'est pas à analyser qu'au niveau national car il s'agissait à l'époque d'un phénomène international de volonté d'émancipation des jeunes populations occidentales, qui a revêtu à l'époque des formes diverses suivant ou l'on se trouvait, du point de vue géographique mais aussi social. En quelques sortes tous ces gens étaient motivés pour défendre des idées. Maintenant comparer ce mouvement à celui "des casseurs" car c'est bien ce que l'on voit dans ce film, me parait rapide. Ce phénomène de violences urbaines est une invention Française, incomparable à ce qui se passe dans les favelas de Rio, les townships de Johannesburg ou les ghettos de LA, comme les médias dominants aimeraient à nous le faire croire. Demandez donc à un de ces jeunes à quoi il répond quand il agit de la sorte ...
Je ne comprend pas pourquoi R Gavras perd son temps et son talent a faire ce genre de chose. Ce qui me répugne le plus c'est qu'une maison d'édition à financé ce film profondément injuste pour le compte du groupe Justice, sur le dos et je le répète encore d'une majorité laborieuse somme toute silencieuse qui conduit sa vie de la manière la plus simple et naturelle dans des cités veillottes et mal entretenues.

Aider à grandir l'estime de ces populations dans l'esprit de ceux qui en ont peur c'est tout sauf faire ça ! Quelle mise en valeur de la population autochtone ! ( sourire )
commentaire n° : 3 posté par : pierre_Q le: 10/05/2008 19:36:40
Coucou Pierre,

Une mise au point avant tout : "mai 68" ce n'est qu'un angle d'attaque pour traiter de cette vidéo, en l'occurence dicté par le fait que je collabore actuellement à un blog consacré à "l'héritage de mai 68". D'ailleurs ça commence à devenir un peu gonflant vu la folie ambiante autour du sujet, d'où l'idée de trouver des trucs un peu décalés.

Tu sembles vouloir dire que je fais un parallèle entre la violence du film et les pavés de mai. Je te rassure : ce ne sont pas les escarmouches du Quartier Latin que je retiens principalement de mai 68 tout comme j'ai bien conscience que le mouvement dépasse largement les frontières hexagonales.

Mais justement, ce qui a fait, en partie, ce mouvement au niveau mondial, ça a été une culture de la provocation, du renversement de l'ordre établi, y compris mental. D'où le rapprochement d'avec les situationnistes (mais ils n'étaient pas les seuls) dans cette volonté de jeter des pavés dans la marre sans autre but que de choquer, donc d'amener à réfléchir.

Tu déplores l'absence de "bout de message" par lequel prendre le clip, c'est ce qui en fait sa force justement. Parcequ'il est ambigü, parceque nauséabond (dans tout le sens étymologique du terme), il est puissant.

Du reste, la stigmatisation des banlieusards ne me semble pas franchement évidente, puisque le clip est tellement esthétisé et exagéré qu'on en vient très vite à la réflexion que "C'est évidemment pas comme ça que ça se passe". Par contre c'est peut être comme ça que ça se passe dans les représentations mentales fantasmagoriques que peut avoir le grand public de la banlieue. Représenation due, en partie, aux médias, qui est à mon sens tout le propos du clip.

Maintenant il convient effectivement de rappeler que l'idée d'un clip c'est avant tout de vendre une chanson, et en l'occurence aussi des blousons puisque les cuirs siglés "Justice" sont en vente chez je ne sais plus quel créateur parisien. Que le buzz est sûrement un des motifs premiers dans l'intention créatrice de l'oeuvre (mais pas le seul j'en suis convaincu). Et surtout que la musique est merdique.
commentaire n° : 4 posté par : Louis le: 13/05/2008 00:45:57
Oui mais les situs c'est pas ça... C'est pas provoquer pour provoquer... on oublie que derrière il y a une internationale situationiste, des idées, des propositions, la pensée de marx et de proudhon, celle de la première internationale mis au goût du jour suite au constat de la société du spectacle. Ton analyse m'a laissé tout aussi dubitative. Surtout sur le fait de mélanger les situs à tout cela.

Sur "l'absence de message". Tu fous un vide, il se remplie instantanément, par des idées que tu ne contrôles pas. Ici ça peut être des idées anti-banlieue comme vu dans pas mal de com' sur le blogs. Ils ont certainement voulu cela, une interprétation libre, mais dans le seul but de faire la polémique je pense. Et sans se soucier de ce que ça peut provoquer, un peu par nihilisme comme tu l'as dit plus haut. Mais encore une fois je vois vraiment pas le rapport entre le nihilisme et les situs.

Comme vu aussi un peu partout mais ça me parait être un point hyper important, dans le clip l'aspect fiction n'est pas évident. C'est pas quelque chose qui frappe. Je suis certaine qu'il y a une volonté de faire vrai. J'ai même lu des messages - certes un peu naïf - où lon se demandait si la scène avait eu lieu en vrai.

Et sur le fait que la musique soit merdique, je suis encore moins d'accord. Gaspard et machin sont pas super malins, ils ont pas un discours très clair et au final je les trouve assez creux à l'écoute des différents interviews. Mais leur musique a des qualités. Même quand on aime pas une musique, il faut savoir reconnaître les qualités techniques d'une musique et je peux pas entendre que c'est juste "merdique". Et ce n'est même pas une histoire de goût ou de couleur. Il n'y a pas que des critères subjectifs pour parler d'une œuvre.

Par contre, si l'on doit parler de subjectivité, pour ma part et pour les personnes autour de moi, ce clip n'a pas plu, et inconsciemment ça a freiné notre enthousiasme sur l'album. J'attendais pas grand chose de ces gars, mais c'est tellement nauséabond comme clip, que désormais quand j'écoute le track, j'ai envie de zapper. Comme technique marketing on a vu mieux je pense :-)
commentaire n° : 5 posté par : France (site web) le: 13/05/2008 02:42:37
C'est marrant de voir l'avis très contrasté des rappeurs et de certaines personnes de banlieue là dessus.

Quand tu vois que Respect magazine trouve que c'est un amalgame plus que limite et que le si rebelle Passi dit que ça ne lui pose pas problème, ça peut donner une image du ressenti suscité par le clip selon qu'on est (encore) un banlieusard ou qu'on l'est plus.
commentaire n° : 6 posté par : grutman (site web) le: 17/05/2008 11:33:31

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