Samedi 8 septembre 2007
6
08
/09
/Sep
/2007
01:22
Petit intermède pour signaler l'ajout d'une nouvelle image à la galerie "Images", que j'ai réalisée hier. Elle s'intitule "Dévotion", est dans la même veine joyeuse et
enthousiaste que les précédentes et selon les mêmes techniques -particulièrement simples soit dit en passant. N'hésitez pas à me donner votre avis sur la chose...
Par Louis
-
Publié dans : Rubrique à brac
7
Vendredi 7 septembre 2007
5
07
/09
/Sep
/2007
09:23
Au programme de ma sortie cinéma d'hier
soir : "Sicko", le dernier documentaire de Michael Moore qui traite du système de santé américain et de ses incroyables défaillances. Après avoir connu le succès le plus complet avec
le documentaire culte "Bowling for Columbine" sur les armes aux Etats-Unis et le palmipède cannois "Farenheit 9/11" qui aborde les dérives sécuritaires post-11 septembre, Michael Moore
revient à un documentaire beaucoup plus social, proche des "petites gens", près de vingt ans après "Roger et moi", dans lequel il évoquait le démembrement industriel du Nord-Est, et notamment les
conséquences des restructurations chez General Motors sur sa ville de Flint. Autopsie...
Qu'on l'apprécie ou qu'on le déteste, Michael Moore ne laisse pas indifférent, et tout le monde lui reconnaitra un style qui lui est propre dans la façon de faire du documentaire, que ce soit
pour le décrier ou l'admirer. Et Sicko ne déroge pas aux recettes qui ont fait le succès du réalisateur : montage très rythmé, mélange entre séquences filmées par le réalisateur et images
d'archives, recours au cinéma d'animation et bande originale judicieusement choisie, passage du rire aux larmes quasi-permanent. Ainsi, on ne s'ennuie pas un instant en regardant Sicko, et c'est
déjà en soi un bon point. J'en profite d'ailleurs pour tirer mon chapeau (ou ma casquette s'il préfère) à Michael Moore pour avoir réussi, grâce à son style si particulier, à relancer un
engouement pour les documentaires au cinéma depuis quelques années. C'est là ou normalement je me remets à faire du name-dropping, mais on n'est pas là pour ça...
On retrouve aussi dans Sicko la propension naturelle qu'à Michael Moore à se
mettre lui-même en scène, à filmer sa silhouette en grand angle, sa dégaine d'américain on ne peut plus moyen dans sa modeste quête de la vérité. Et là encore comme dans les précédents opus, le
documentariste procède par questionements successifs, dont la naïveté apparente n'est évidemment que de façade. Le tout est sous-tendu par une construction très réussie, faite à la fois d'une
progression logique dans l'investigation/argumentation et d'une gradation savament entretenue pour faire le spectacle. Ainsi, Michael Moore commence par évoquer la situation aux Etats-Unis :
d'abord les non-assurés (avec un plan très cru d'autochirurgie en ouverture du film), puis les assurés, mais qui ne bénéficient pas du système car se faisant refuser le remboursement des soins
par leur compagnie, pour des raisons de plus en plus incroyables. En gros : comment la logique financière prend le pas sur la logique humaine, avec toute l'horreur quotidienne que ça implique.
Puis, Michael Moore décide de voyager un petit peu et commence par aller, comme dans Bowling for columbine, au Canada, pour dire que c'est mieux là bas. Puis, il ose le Vieux Continent avec
l'Angleterre. Et ensuite la France ! Bigre, mais comment faire pire ? Embarquer pour Cuba pardi ! Et constater que "même" là bas, ça fonctionne bien mieux qu'aux Etats-Unis.
Alors, évidemment, on n'échappe pas non plus à certains écueils inhérents à Michael Moore. A savoir des visions biaisées, pas fausses mais auxquelles on pourrait reprocher de mentir par omission,
voire quelques exagérations (le couple de Français "moyens" qui gagne 7000€/mois, "moyen" selon des critères américains peut être...). Le sentiment d'être parfois plus près de la propagande que
de l'investigation. Celà étant dit, la chose reste assez limitée dans le film, et surtout presque assumée en tant que telle. Le créneau de Michael Moore, c'est le documentaire d'agit-prop, très
"Pan dans ta gueule", qui sert avant tout à faire passer un message précis, en y perdant peut être un peu d'objectivité. Mais comme c'est pratiquement assumé et qu'on commence à avoir l'habitude,
on sait à quoi s'attendre et on peut aussi l'apprécier comme tel. C'est en tout cas ce que votre serviteur a fait.
Par Louis
-
Publié dans : Critiques
-
1
Jeudi 6 septembre 2007
4
06
/09
/Sep
/2007
01:42
J'ai pu constater depuis
quelques jours la floraison, sur les panneaux d'affichage public de ma ville, d'une nouvelle affiche du PCF. D'une dominante rouge qui tranche avec le vert des affiches de la Fête de l'Huma
qui couvrent en ce moment tous les panneaux de Gennevilliers, elle figure de manière un peu stylisée le portrait de Guy Môquet ci-contre. Celui-ci couvre la majeure partie de l'affiche, est
légendé discrètement "Guy Môquet, résistant communiste fusillé à Chateaubriant", et surmonte un bandeau dans lequel est inscrit : "Aujourd'hui, demain, combattre ensemble", ou
quelque chose d'approchant. Le logo du PCF dans un coin de l'affiche complète le tableau.
Tout d'abord je n'ai pu m'empêcher de sourire. En effet, depuis que Sarkozy a popularisé le jeune homme en lui réservant son premier hommage de Président de la République, les passions se
déchaînent, et notamment au PCF qui refuse de se faire voler "son" héritage. Pourtant, au-delà des manoeuvres politiciennes auxquelles Sarkozy nous a habitués, je trouvais plutôt positif que
cette page de l'Histoire de France sorte de l'ornière communiste. A titre personnel j'ai été assez tôt sensibilisé à la personnalité de Guy Môquet et à la mémoire des fusillés de Chateaubriant,
banlieue rouge oblige. Ainsi, dans la rubrique "martyrs de Chateaubriant" on trouve à Gennevilliers un collège Guy Môquet, une rue Jean-Pierre Timbaut (syndicaliste et employé municipal à la
mairie de Gennevilliers, créateur à ce titre de la toute première colonie de vacances), une rue Jean Grandel ( premier maire de Gennevilliers), etc.
Mais, comme le proclame un célèbre titre de film, tout le monde n'a pas la chance d'avoir des parents communistes, ou du moins de grandir dans une ville communiste, et cette mémoire était
jusqu'ici ignorée du plus grand nombre. Le PCF lui-même mettait en sourdine la martyrologie qui l'avait habité, particulièrement au sortir de la guerre. Mais voilà que Guy Môquet revient
sur la scène médiatique, et donc redevient un enjeu de lutte. Mouais...
J'aurais tendance à penser que c'est au contraire tomber complètement dans l'habile jeu de Nicolas Sarkozy que de vouloir se réapproprier Guy Môquet de la sorte. C'est s'incarner comme les forces
obscures de la fermeture quand lui se veut le chantre de l'ouverture. C'est prêter le flanc à l'accusation droitière très à la mode de "sectarisme". Plus encore, c'est un aveu de
faiblesse incroyable, c'est légitimer d'une certaine façon l'omniprésence de Sarkozy, puisque c'est ne se définir que par rapport à lui, même si c'est en creux. En somme Sarkozy est partout,
jusque dans les affiches du PCF.
Certes il est très important d'honorer cette mémoire, fut-elle partisane, car de par sa nature partisane elle est trop souvent ignorée. Ca fait partie d'un certain folklore, même si ça ne parle
souvent qu'aux militants. D'autres exemples de mémoires similaires, occultées souvent par les pouvoirs en place et honorées par certains groupes particuliers, me viennent : octobre 1961, la
Commune de Paris, etc. Important de ne pas oublier donc, mais si la seule visibilité du Parti Communiste c'est l'invocation des morts, alors il n'y a plus de doute, le parti a déjà un pied dans
la tombe.
Par Louis
-
Publié dans : Actualité - Politique
6
Samedi 1 septembre 2007
6
01
/09
/Sep
/2007
09:56
Accroché au début des vacances par le montage sec, les images léchées et la musique de sa bande-annonce (http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=18734152&cfilm=114644.html), j'ai enfin pu voir "Naissance
des pieuvres" au cinéma hier soir. Ce long-métrage est le premier d'une jeune réalisatrice française, Céline Sciamma, fraichement émoulue de la Fémis. Le scénario du film a d'ailleurs été élaboré
dans le cadre d'un travail de fin d'études, particulièrement salué par le jury. Moins d'un an plus tard, la metteuse en scène le porte à l'écran de façon remarquable.
"Naissance des pieuvres" est, quand j'y
réfléchis, une sorte d'exemple-type d'un cinéma qui me plait , que je serais tenté de qualifier de "cinéma total". Derrière ce concept foireux inventé pour la circonstance se cacheraient des
films particulièrement denses, dans lesquels rien n'est laissé au hasard, bourrés de symboles, d'une inattaquable cohérence, où tout, du montage à la bande son, du jeu d'acteur aux cadrages, des
décors à la photographie, s'imbrique parfaitement uniquement au service du propos du film. On peut reprocher à ce type de films d'être parfois un peu trop froids à force d'être implacables, peut
être. Exemples de cinéastes qui me viennent pour illustrer ce "style" : Kubrick ou Costa-Gavras (notamment "Etat de Siège").
Ainsi, "Naissance des pieuvres" se caractérise par cette virtuosité qui consiste à ne rien lacher du premier au dernier plan du film. Le thème du film ? La complexité et la cruauté de
l'adolescence, de son éveil aux sens, de la naissance du corps comme objet de désir et/ou de répulsion, etc. à travers un trio de jeunes filles qui gravitent autour de l'univers particulier de la
natation synchronisée. La mise en scène est particulièrement soignée, toujours très juste et donnant véritablement à sentir la réalité des situations décrites. On appréciera notamment
des cadrages très serrés, permettant de retranscrire au mieux le paradoxe entre des émtions très fortes mais confinées.
Les trois comédiennes principales servent
très bien le film, par un jeu tout en justesse. La bande-son est très discrète, construite autour d'un seul thème particulièrement envoûtant, qui ne revient que lorsque nécessaire. Le film est
très stylisé, que ce soit par ses scènes de natation synchronisée remarquablement filmées ou par ses plans des personnages évoluant dans le décor design de la ville nouvelle de Cergy Pontoise. On
retrouve d'ailleurs dans les décors mêmes un certain nombre de symboles forts du film : la piscine, évidemment, lieu de moiteur et de révélation des corps, mais aussi ces clotures qu'à plusieures
reprises les adolescentes franchissent par de petites ouvertures secrètes, à elles-seules métaphores de l'adolescence. Et bien sûr la natation synchronisée, univers féminin par excellence, monde
de l'artificiel et de la performance, de l'uniforme et du paraître, avec tous ses envers du décor.
Il y aurait beaucoup d'autres scènes et thématiques abordées par le film à évoquer, mais je ne voudrais pas en dévoiler trop. J'espère en tous cas vous avoir donné envie de vous perdre dans les
tentacules de ces pieuvres le temps d'une séance de cinéma.
Par Louis
-
Publié dans : Critiques
-
0
Vendredi 31 août 2007
5
31
/08
/Août
/2007
18:19
En sortant du métro ce soir, j'ai vu une scène que j'ai trouvée assez pittoresque et qui illustre parfaitement la vision que je me fais de l'avenir de la presse
écrite sur support papier. Dépeignons d'abord le tableau en question avant de digresser un peu sur le sujet.
Alors que je montais les marches reliant la
station sous-terraine à la surface, j'ai découvert progressivement, à mesure que je m'élevais et que mon champ de vision s'agrandissait : un parasol rouge siglé "Direct Soir", puis deux
casquettes rouges tout aussi siglées, et en dessous deux jeunes tout de rouge vêtus et qui souriaient en tendant aux passants l'édition du soir du journal gratuit qu'ils avaient en piles à leur
côté. Ce n'est que quelques secondes après que j'ai aperçu deux cinquantenaires, habillés en "civils", qui eux présentaient de manière plus austère le non-moins austère Journal de Lutte
Ouvrière, reconnaissable à la faucille et au marteau qui chapeautent sa une.
Le contraste était frappant et bien évidemment plein de symboles. Certains y verront se cotoyer le passé et l'avenir, d'autres le professionalisme et l'amateurisme, d'autres encore la sincérité
et la futilité... Quoiqu'il en soit, la composition un peu croquignole formée par les quatres quidams m'a interpellé particulièrement parcequ'elle correspond, dans les grandes lignes, à ce que
risque de devenir le journalisme papier dans les années à venir.
La presse écrite traditionnelle est en crise : l'émergence conjuguée
d'internet et des journaux gratuits lui donne des coups de boutoir qu'elle peine à encaisser. Du coup, on est en pleine phase de mutation, avec justement l'investissement des deux secteurs
sus-cités (internet et gratuits) par les grands groupes de presse, ainsi qu'en témoigne l'essor des publications qui sont entrées dans le sillage des précurseurs 20 Minutes et
Métro : Matin Plus, Direct Soir, etc. Autre avatar de cette mutation, la concentration capitalistique des médias pour faire face aux nouveaux enjeux. Pas le temps
de développer sur le thème des menaces que celà fait peser à l'indépendance et au pluralisme de la presse, mais vous trouverez à ce propos des analyses pertinentes sur le site d'Acrimed (en lien
à gauche). Quoiqu'il en soit, les grands journaux semblent particulièrement menacés, et les difficultés de France Soir ou de Libération ne sont probablement que les premiers
symptomes.
Alors que va-t'il rester sur les cendres de la presse écrite traditionnelle ? Hé bien c'est là qu'on retrouve nos quatre vendeurs de ce soir, qui symbolisent la façon dont je vois l'avenir du
secteur : d'un côté la presse gratuite, qui fournit une information des plus basiques, neutre (pas le temps de discuter de la neutralité d'une presse qui par son apparente neutralité cautionne un
système de valeurs précis, on en reparlera), pas franchement fôlichone mais qui permet de se tenir au courant de ce qui se passe dans le monde (à discuter aussi) ; de l'autre, une presse écrite
payante que j'imagine éclatée en petites structures, dans des "marchés de niche" pour reprendre une expression de marketing. Une presse pour les gens qui voudront aller plus loin que le gratuit,
donc une presse qui apporte une plus-value (décidement, l'économie se niche dans tout cet article) en matière d'information, d'analyse, de prise de position. Des journaux sûrement plus militants,
plus intelligents peut être aussi...
Par Louis
-
Publié dans : Rubrique à brac
2
Mercredi 29 août 2007
3
29
/08
/Août
/2007
12:38
Je suis un militant quotidien
De l'inhumanité
Des profits immédiats
Et puis des faveurs des médias
Moi je suis riche très riche
[...]
Et puis je traverse le temps
Je suis devenu omniprésent
Je suis une super référence
Je peux toujours ram'ner ma science
Moi je vais vite très vite
Ma carrière est en jeu
Je suis l'homme médiatique
Moi je suis plus que politique
Car je suis un homme pressé
Noir Désir - L'homme pressé
Vous l'aurez
reconnu, c'est bien Nicolas Sarkozy que prophètisaient Bertrand Cantat et les siens dans leur chanson "L'homme pressé". Il est partout, tout le temps, parle de tout, est présent sur toutes les
chaînes de télévision, on l'entend sur toutes les radios, il s'affiche en grand sur tous les kiosques à journeaux, fait la couverture de tous les magazines... Finalement, il ne lui reste plus
qu'à faire comme Mohammed VI au Maroc et à étaler son portrait sur des panneaux 4x3m. On pouvait certes reprocher à son prédecesseur une mise en retrait parfois par trop excessive, mais en
matière d'excès, il semble que l'actuel président batte tous les records.
Plutôt que de me laisser par avance accuser de ne toujours pas avoir digéré l'élection de Nicolas Sarkozy et de lui dresser de faux procès, je vais
tenter d'expliquer pourquoi toute cette agitation -et j'emploie à dessein ce terme plutôt qu'"action"- présidentielle me dérange. Et comme je ne suis pas avare en reproches, il me semble qu'on
peut distinguer différents niveaux de lecture critique de l'omniprésence médiatique du Président de la République.
La propension qu'à Nicolas Sarkozy à s'impliquer dans tous les sujets d'actualité possibles et imaginables pose un certain nombre de problèmes. Tout
d'abord, parcequ'en étant sur tous les fronts à la fois, on entretient -volontairement ou non ce n'est pas la question- un flou par rapport à la hiérarchisation des sujets. En effet, passent du
coup au même plan les faits-divers, aussi sordides soient-ils, et les questions de politique étrangère, la politique monétaire de l'union européenne et le prix des fournitures scolaires, etc. Non
pas qu'il s'agisse de juger qu'un sujet est plus intéressant qu'un autre, mais on peut résolument affirmer que certains mériteraient qu'on s'y attarde plus que d'autres. En répondant de façon
pressée à des sujets aussi variés, on mélange tout et on confond ce qui nécessite des réponses rapides (par exemple une catastrophe naturelle), de ce qui nécessite une réflexion plus poussée (une
éventuelle réforme de la justice).
Or en répondant vite, on répond souvent mal, a fortiori lorsqu'on répond par des solutions globales (une loi par exemple) à un cas isolé (un
fait-divers). Ainsi, l'exemple récemment donné par Nicolas Sarkzoy suite au non-lieu psychiatrique déclaré dans l'affaire des homicides de Pau me semble particulièrement probant. Suite à ce
fait-divers et à la décision qui a été rendue, on a pu entendre la déception des proches des deux infirmières décapitées de ne pas pouvoir avoir de vrai procès pour "faire leur deuil". Aussitôt,
Nicolas Sarkozy saute sur l'affaire et demande à Rachida Dati de "réfléchir" à un dispositif permettant de juger des personnes déclarées pénalement irresponsables. Pourtant, sans m'étendre outre
mesure dessus, cette mesure serait scandaleuse. Faire un procès à une personne irresponsable, ça reviendrait soit à nier la circonstance de la maladie, soit à juger la maladie en elle-même. Or la
justice ne jugerait alors plus seulement les actes et leurs circonstances, mais l'essence même d'un individu (on ne choisit pas d'être malade mental, on l'est). La responsabilité d'un individu
est une condition sine qua non pour qu'il y ait jugement, sinon le jugement devient au mieux absurde, au pire injuste et dangereux.
Ce n'est pas tout. En rebondissant de la sorte sur des faits d'actualité, les décisions sont mauvaises car précipitées, mais en plus elles sont prises
sous le coup de l'émotion, ce qui pose deux problèmes. Le premier est similaire à celui de l'empressement : en agissant pour répondre à un émoi, par lequel on est soi-même touché, on perd une
part du discernement qu'offre la distanciation et le recul. Le second est beaucoup plus pernicieux : en répondant aussi vite, alors que la société est en pleine émotion, on peut faire d'autant
plus facilement avaler tout et n'importe quoi. Pour le coup, Nicolas Sarkozy n'en est pas à son coup d'essai, et je le soupçonne d'utiliser le procédé à dessein. Je me souviens notamment
d'un discours de campagne où il pratiquait à plusieurs reprise ce mélange entre l'émotion et l'action politique, en s'appuyant sur des faits divers. A ce propos, voir notamment : http://www.dailymotion.com/video/x1qa0n_sarkozy-et-rhetorique_politics
et http://www.dailymotion.com/relevance/search/Miller+Sarkozy/video/x1w3d9_gerard-miller-et-les-mots-de-sarkoz_events
Enfin, et même s'il y
aurait encore beaucoup de choses à dire sur l'omniprésence médiatique de Sarkozy (par exemple s'interroger sur la distinction à faire entre la communication, les effets d'annonce et l'action
réelle), il y a un aspect qui me choque particulièrement, et qui est peut être le plus grave. Voir Sarkozy sur tous les fronts, c'est entretenir un mythe politique bien français dont les avatars
historiques, de Napoléon à Pétain, n'ont pas toujours été des plus heureux : celui de l'homme providentiel.Cette image quasi messianique qu'offre Nicolas Sarkozy me choque, non pas en tant
qu'homme de gauche, mais en tant que démocrate. Et par exemple en matière d'indépendance des pouvoirs, si chère à Montesquieu et qui constitue un des socles de la démocratie, il y a matière à
s'interroger...
Par Louis
-
Publié dans : Actualité - Politique
3
Mardi 28 août 2007
2
28
/08
/Août
/2007
16:45
Pour inaugurer cette rubrique, voici ma critique
d'un film que j'avais vu il y a quelques années et qui m'avait déjà marqué, et que j'ai regardé à nouveau hier soir. Il s'agit de "Garde à vue", film de Claude Miller sorti en 1981, avec à
l'écran une jolie brochette d'acteurs puisque Lino Ventura, le récemment disparu Michel Serrault, Romy Schneider ou encore Guy Marchand campent les principaux personnages. "Garde à vue", ou
la plongée le temps d'une nuit dans huis clos policier tout en nuances, dont on ne ressort pas indemne.
Le synospsis est simple : un notaire venu témoigner, le soir du nouvel an, dans une sordide affaire d'infanticide se retrouve sous le coup des soupçons des policiers à qui il effectue sa
déposition. S'ensuit le récit de sa garde à vue. A l'image du scénario, le film en apparence minimaliste, puisqu'il respecte quasi-scrupuleusement les canons de la tragédie classique : unité de
lieu, unité de temps, unité d'action. Les décors et les costumes sont également épurés et sombres, tout comme la photographie du film, ce qui contribue à créer une atmosphère à la fois sèche et
oppressante. La mise en scène ne fait pas défaut et est également très sobre, faite en majorité de plans fixes qui mettent en valeur, presque comme au théâtre, le placement scénique des
différents personnages.
Point de fioritures donc, comme pour mieux faire ressortir peut être l'essentiel, en tous cas l'un des bijoux du film : les dialogues signés Audiard. Le sens de la réplique que le dialoguiste a
déployé notamment dans les films de Lautner ("Les Tontons Fligueurs", "Les Barbouzes", etc.) est toujours aussi fort, mais dans une utilisation ici beaucoup plus nuancée. En effet, là où Audiard
savait, par des expressions devenues cultes, faire rire le spectateur aux éclats, il parvient, dans "Garde à vue", à traduire à la fois le comique et le dramatique d'une situation, son absurdité
intrinsèque. La virtuosité des dialogues ne connait aucun relâchement, et l'on sort hors d'haleine mais contenté des échanges entre les différents personnages.
Les personnages justement, particulièrement soignés et
remarquablement interprétés par leurs acteurs. Deux couples s'entremèlent dans le film : celui formé par Lino Ventura et Guy Marchand, l'inspecteur et son adjoint, et celui formé par Michel
Serrault et Romy Schneider, le notaire et sa femme. Les rapports entre les personnages vont évoluer au long du film, au fur et à mesure que les personnalités se dévoilent et que les rapports de
force se modifient. Difficile d'en dire plus sans révéler le contenu du film, mais le tout est construit avec une grande finesse.
"Garde à Vue" est un film à voir et à revoir, aux niveaux de lecture multiples. Un film qui traite de sujets aussi sérieux et essentiels que la recherche de la vérité, de la justice, la
suspicion, le préjugé, les rapports de domination relationnels, l'humain et l'inhumain, etc., avec une sobriété et une justesse dans l'interprétation qui ne font que renforcer l'admirable finesse
de sa conception et la puissance de son propos.
Par Louis
-
Publié dans : Critiques
-
0
Lundi 27 août 2007
1
27
/08
/Août
/2007
17:31
J'ai effectué mes premiers pas dans ce que l'on appele la blogosphère en octobre 2006, à l'occasion d'un séjour de neuf mois au Maroc. Il s'agissait de tenir un blog à
la diffusion confidentielle, destiné surtout à mes parents et amis afin qu'ils puissent avoir un peu de mes nouvelles(http://aventuresaumaroc.over-blog.com). Et puis, finalement, je me suis pris au jeu, et au-delà du simple carnet de voyage, ce sont des articles sur
des sujets assez variés qui sont venus enrichir ce blog.
Et puis il y a eu le retour et les grandes vacances juste derrière : un mois et demi en Ardèche sans accès à internet, et un blog dédié à mon séjour au Maroc dont la raison d'être même venait de
partir. Mais j'avais pris goût à l'écriture, et plus mes vacances -par ailleurs tout à fait reposantes et salutaires- loin de la technologie avançaient, et plus l'envie d'ouvrir un nouveau blog à
la rentrée se faisait pressante. Me voilà revenu, ce blog ouvert.
Opinion sur rue donc. Outre un enième jeu de mot douteux (auxquels j'avais habitué le lectorat de mon premier blog, notamment en titre d'articles), le nom de ce blog est porteur de sens. Car
c'est précisement pour servir ma modeste opinion à la rue que ce blog existe. Avec tout ce que ça implique. C'est à dire par exemple se demander en quoi mon point de vue peut avoir une valeur. En
quoi est-il utile de le faire partager ? En quelle qualité je me permets de donner mon avis, a fortiori sur une variété de sujets qui, étant assez éloignés les uns des autres, réduisent la
probabilité que je puisse formuler une expertise sur l'ensemble d'entre eux ?
Je n'ai, de toutes façons, nullement l'ambition de formuler une expertise sur un seul de ces sujets. Tout comme je n'accorde à mes écrits aucune autre valeur que celle que mes lecteurs voudront
bien leur attribuer. Et, comme le rappelle Montaigne, à qui je m'associe, en préambule de ses Essais, je n'ai cure de savoir comment seront reçus mes textes, quelle impression je donnerai de moi
comme on dit. Le blog est avant tout un exutoire très autocentré, destiné à assouvir le besoin d'écriture que j'évoquais plus haut.
Maintenant ce serait mentir de dire que je ne cherche pas à travers lui l'échange, la confrontation des idées, des opinions, que je me fiche d'être lu ou non. C'est au contraire par la
participation de chacun que l'égotrip inhérent à chaque blog peut cesser de n'être qu'égotrip et devenir intéressant. Car un blog, malgré toutes les critiques que l'on peut y apporter, et que je
suis d'ailleurs le premier à formuler, ça peut devenir un formidable initiateur de débats. Et le débat, même si celà peut sembler désuet à l'heure des sondages d'opinion, de l'information
immédiate et de la politique spectacle, c'est une chose que je continue de considérer comme essentielle à la vie publique.
Et puis, pour terminer sur une note un peu plus légère, on ne parlera pas que de politique. Il y aura aussi tout un tas de choses plus ou moins utiles et plus ou moins rigolotes à se mettre sous
la dent, comme des critiques de films, de livres, certaines de mes créations pseudo-artistiques, etc. Le tout réparti en quatre rubriques différentes, pour faire croire que ce joyeux bordel est
organisé. Allez, arrêtons là cette introduction qui devient franchement ennuyeuse, et bonne lecture !
Par Louis
5