Au lecteur

C'est ici un blog de bonne foi, lecteur. Il t'avertit dès l'entrée que je ne m'y suis proposé aucune fin, que domestique et privée. Je n'y ai eu nulle considération de ton service, ni de ma gloire. Mes forces ne sont pas capables d'un tel dessein. [...] Si c'eût été pour rechercher la faveur du monde, je me fusse mieux paré et me présenterais en une marche étudiée. Je veut qu'on m'y voie en ma façon simple, naturelle et ordinaire, sans contention et artifice : car c'est moi que je peins. [...] Ainsi, lecteur, je suis moi-même la matière de mon blog : ce n'est pas raison que tu emploies ton loisir en un sujet si frivole et si vain.
Louis (et Montaigne).
 
Mercredi 29 août 2007
Je suis un militant quotidien
De l'inhumanité
Des profits immédiats
Et puis des faveurs des médias
Moi je suis riche très riche
[...]
Et puis je traverse le temps
Je suis devenu omniprésent
Je suis une super référence
Je peux toujours ram'ner ma science
Moi je vais vite très vite
Ma carrière est en jeu
Je suis l'homme médiatique
Moi je suis plus que politique
Car je suis un homme pressé


Noir Désir - L'homme pressé 

Sarkozyjoggue.jpgVous l'aurez reconnu, c'est bien Nicolas Sarkozy que prophètisaient Bertrand Cantat et les siens dans leur chanson "L'homme pressé". Il est partout, tout le temps, parle de tout, est présent sur toutes les chaînes de télévision, on l'entend sur toutes les radios, il s'affiche en grand sur tous les kiosques à journeaux, fait la couverture de tous les magazines... Finalement, il ne lui reste plus qu'à faire comme Mohammed VI au Maroc et à étaler son portrait sur des panneaux 4x3m. On pouvait certes reprocher à son prédecesseur une mise en retrait parfois par trop excessive, mais en matière d'excès, il semble que l'actuel président batte tous les records. 

Plutôt que de me laisser par avance accuser de ne toujours pas avoir digéré l'élection de Nicolas Sarkozy et de lui dresser de faux procès, je vais tenter d'expliquer pourquoi toute cette agitation -et j'emploie à dessein ce terme plutôt qu'"action"- présidentielle me dérange. Et comme je ne suis pas avare en reproches, il me semble qu'on peut distinguer différents niveaux de lecture critique de l'omniprésence médiatique du Président de la République.

La propension qu'à Nicolas Sarkozy à s'impliquer dans tous les sujets d'actualité possibles et imaginables pose un certain nombre de problèmes. Tout d'abord, parcequ'en étant sur tous les fronts à la fois, on entretient -volontairement ou non ce n'est pas la question- un flou par rapport à la hiérarchisation des sujets. En effet, passent du coup au même plan les faits-divers, aussi sordides soient-ils, et les questions de politique étrangère, la politique monétaire de l'union européenne et le prix des fournitures scolaires, etc. Non pas qu'il s'agisse de juger qu'un sujet est plus intéressant qu'un autre, mais on peut résolument affirmer que certains mériteraient qu'on s'y attarde plus que d'autres. En répondant de façon pressée à des sujets aussi variés, on mélange tout et on confond ce qui nécessite des réponses rapides (par exemple une catastrophe naturelle), de ce qui nécessite une réflexion plus poussée (une éventuelle réforme de la justice).

Or en répondant vite, on répond souvent mal, a fortiori lorsqu'on répond par des solutions globales (une loi par exemple) à un cas isolé (un fait-divers). Ainsi, l'exemple récemment donné par Nicolas Sarkzoy suite au non-lieu psychiatrique déclaré dans l'affaire des homicides de Pau me semble particulièrement probant. Suite à ce fait-divers et à la décision qui a été rendue, on a pu entendre la déception des proches des deux infirmières décapitées de ne pas pouvoir avoir de vrai procès pour "faire leur deuil". Aussitôt, Nicolas Sarkozy saute sur l'affaire et demande à Rachida Dati de "réfléchir" à un dispositif permettant de juger des personnes déclarées pénalement irresponsables. Pourtant, sans m'étendre outre mesure dessus, cette mesure serait scandaleuse. Faire un procès à une personne irresponsable, ça reviendrait soit à nier la circonstance de la maladie, soit à juger la maladie en elle-même. Or la justice ne jugerait alors plus seulement les actes et leurs circonstances, mais l'essence même d'un individu (on ne choisit pas d'être malade mental, on l'est). La responsabilité d'un individu est une condition sine qua non pour qu'il y ait jugement, sinon le jugement devient au mieux absurde, au pire injuste et dangereux.

Ce n'est pas tout. En rebondissant de la sorte sur des faits d'actualité, les décisions sont mauvaises car précipitées, mais en plus elles sont prises sous le coup de l'émotion, ce qui pose deux problèmes. Le premier est similaire à celui de l'empressement : en agissant pour répondre à un émoi, par lequel on est soi-même touché, on perd une part du discernement qu'offre la distanciation et le recul. Le second est beaucoup plus pernicieux : en répondant aussi vite, alors que la société est en pleine émotion, on peut faire d'autant plus facilement avaler  tout et n'importe quoi. Pour le coup, Nicolas Sarkozy n'en est pas à son coup d'essai, et je le soupçonne d'utiliser le procédé à dessein. Je me souviens notamment d'un discours de campagne où il pratiquait à plusieurs reprise ce mélange entre l'émotion et l'action politique, en s'appuyant sur des faits divers. A ce propos, voir notamment : http://www.dailymotion.com/video/x1qa0n_sarkozy-et-rhetorique_politics
et http://www.dailymotion.com/relevance/search/Miller+Sarkozy/video/x1w3d9_gerard-miller-et-les-mots-de-sarkoz_events

Sarkoprie.jpgEnfin, et même s'il y aurait encore beaucoup de choses à dire sur l'omniprésence médiatique de Sarkozy (par exemple s'interroger sur la distinction à faire entre la communication, les effets d'annonce et l'action réelle), il y a un aspect qui me choque particulièrement, et qui est peut être le plus grave. Voir Sarkozy sur tous les fronts, c'est entretenir un mythe politique bien français dont les avatars historiques, de Napoléon à Pétain, n'ont pas toujours été des plus heureux : celui de l'homme providentiel.Cette image quasi messianique qu'offre Nicolas Sarkozy me choque, non pas en tant qu'homme de gauche, mais en tant que démocrate. Et par exemple en matière d'indépendance des pouvoirs, si chère à Montesquieu et qui constitue un des socles de la démocratie, il y a matière à s'interroger...
par Louis publié dans : Actualité - Politique
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Mardi 28 août 2007
GAV.jpgPour inaugurer cette rubrique, voici ma critique d'un film que j'avais vu il y a quelques années et qui m'avait déjà marqué, et que j'ai regardé à nouveau hier soir. Il s'agit de "Garde à vue", film de Claude Miller sorti en 1981, avec à l'écran une  jolie brochette d'acteurs puisque Lino Ventura, le récemment disparu Michel Serrault, Romy Schneider ou encore Guy Marchand campent les principaux personnages. "Garde à vue", ou la plongée le temps d'une nuit dans huis clos policier tout en nuances, dont on ne ressort pas indemne.

Le synospsis est simple : un notaire venu témoigner, le soir du nouvel an, dans une sordide affaire d'infanticide se retrouve sous le coup des soupçons des policiers à qui il effectue sa déposition. S'ensuit le récit de sa garde à vue. A l'image du scénario, le film en apparence minimaliste, puisqu'il respecte quasi-scrupuleusement les canons de la tragédie classique : unité de lieu, unité de temps, unité d'action. Les décors et les costumes sont également épurés et sombres, tout comme la photographie du film, ce qui contribue à créer une atmosphère à la fois sèche et oppressante. La mise en scène ne fait pas défaut et est également très sobre, faite en majorité de plans fixes qui mettent en valeur, presque comme au théâtre, le placement scénique des différents personnages.

Point de fioritures donc, comme pour mieux faire ressortir peut être l'essentiel, en tous cas l'un des bijoux du film : les dialogues signés Audiard. Le sens de la réplique que le dialoguiste a déployé notamment dans les films de Lautner ("Les Tontons Fligueurs", "Les Barbouzes", etc.) est toujours aussi fort, mais dans une utilisation ici beaucoup plus nuancée. En effet, là où Audiard savait, par des expressions devenues cultes, faire rire le spectateur aux éclats, il parvient, dans "Garde à vue", à traduire à la fois le comique et le dramatique d'une situation, son absurdité intrinsèque. La virtuosité des dialogues ne connait aucun relâchement, et l'on sort hors d'haleine mais contenté des échanges entre les différents personnages.

SerraultVentura.jpgLes personnages justement, particulièrement soignés et remarquablement interprétés par leurs acteurs. Deux couples s'entremèlent dans le film : celui formé par Lino Ventura et Guy Marchand,  l'inspecteur et son adjoint, et celui formé par Michel Serrault et Romy Schneider, le notaire et sa femme. Les rapports entre les personnages vont évoluer au long du film, au fur et à mesure que les personnalités se dévoilent et que les rapports de force se modifient. Difficile d'en dire plus sans révéler le contenu du film, mais le tout est construit avec une grande finesse.

"Garde à Vue" est un film à voir et à revoir, aux niveaux de lecture multiples. Un film qui traite de sujets aussi sérieux et essentiels que la recherche de la vérité, de la justice, la suspicion, le préjugé, les rapports de domination relationnels, l'humain et l'inhumain, etc., avec une sobriété et une justesse dans l'interprétation qui ne font que renforcer l'admirable finesse de sa conception et la puissance de son propos.
par Louis publié dans : Critiques communauté : Cinéma
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Lundi 27 août 2007
J'ai effectué mes premiers pas dans ce que l'on appele la blogosphère en octobre 2006, à l'occasion d'un séjour de neuf mois au Maroc. Il s'agissait de tenir un blog à la diffusion confidentielle, destiné surtout à mes parents et amis afin qu'ils puissent avoir un peu de mes nouvelles(http://aventuresaumaroc.over-blog.com). Et puis, finalement, je me suis pris au jeu, et au-delà du simple carnet de voyage, ce sont des articles sur des sujets assez variés qui sont venus enrichir ce blog. 

Et puis il y a eu le retour et les grandes vacances juste derrière : un mois et demi en Ardèche sans accès à internet, et un blog dédié à mon séjour au Maroc dont la raison d'être même venait de partir. Mais j'avais pris goût à l'écriture, et plus mes vacances -par ailleurs tout à fait reposantes et salutaires- loin de la technologie avançaient, et plus l'envie d'ouvrir un nouveau blog à la rentrée se faisait pressante. Me voilà revenu, ce blog ouvert.

Opinion sur rue donc. Outre un enième jeu de mot douteux (auxquels j'avais habitué le lectorat de mon premier blog, notamment en titre d'articles), le nom de ce blog est porteur de sens. Car c'est précisement pour servir ma modeste opinion à la rue que ce blog existe. Avec tout ce que ça implique. C'est à dire par exemple se demander en quoi mon point de vue peut avoir une valeur. En quoi est-il utile de le faire partager ? En quelle qualité je me permets de donner mon avis, a fortiori sur une variété de sujets qui, étant assez éloignés les uns des autres, réduisent la probabilité que je puisse formuler une expertise sur l'ensemble d'entre eux ?

Je n'ai, de toutes façons, nullement l'ambition de formuler une expertise sur un seul de ces sujets. Tout comme je n'accorde à mes écrits aucune autre valeur que celle que mes lecteurs voudront bien leur attribuer. Et, comme le rappelle Montaigne, à qui je m'associe, en préambule de ses Essais, je n'ai cure de savoir comment seront reçus mes textes, quelle impression je donnerai de moi comme on dit. Le blog est avant tout un exutoire très autocentré, destiné à assouvir le besoin d'écriture que j'évoquais plus haut.

Maintenant ce serait mentir de dire que je ne cherche pas à travers lui l'échange, la confrontation des idées, des opinions, que je me fiche d'être lu ou non. C'est au contraire par la participation de chacun que l'égotrip inhérent à chaque blog peut cesser de n'être qu'égotrip et devenir intéressant. Car un blog, malgré toutes les critiques que l'on peut y apporter, et que je suis d'ailleurs le premier à formuler, ça peut devenir un formidable initiateur de débats. Et le débat, même si celà peut sembler désuet à l'heure des sondages d'opinion, de l'information immédiate et de la politique spectacle, c'est une chose que je continue de considérer comme essentielle à la vie publique.

Et puis, pour terminer sur une note un peu plus légère, on ne parlera pas que de politique. Il y aura aussi tout un tas de choses plus ou moins utiles et plus ou moins rigolotes à se mettre sous la dent, comme des critiques de films, de livres, certaines de mes créations pseudo-artistiques, etc. Le tout réparti en quatre rubriques différentes, pour faire croire que ce joyeux bordel est organisé. Allez, arrêtons là cette introduction qui devient franchement ennuyeuse, et bonne lecture !
par Louis
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