Au lecteur

C'est ici un blog de bonne foi, lecteur. Il t'avertit dès l'entrée que je ne m'y suis proposé aucune fin, que domestique et privée. Je n'y ai eu nulle considération de ton service, ni de ma gloire. Mes forces ne sont pas capables d'un tel dessein. [...] Si c'eût été pour rechercher la faveur du monde, je me fusse mieux paré et me présenterais en une marche étudiée. Je veut qu'on m'y voie en ma façon simple, naturelle et ordinaire, sans contention et artifice : car c'est moi que je peins. [...] Ainsi, lecteur, je suis moi-même la matière de mon blog : ce n'est pas raison que tu emploies ton loisir en un sujet si frivole et si vain.
Louis (et Montaigne).
 
Vendredi 21 septembre 2007
ideology-copie-1.jpgVoici venue la suite (et fin) de la réflexion entamée la semaine dernière en guise d'introduction à cette rubrique pompeusement intitulée  "Idées". Il s'agissait de se poser la question fondamentale de l'utilité de la pensée, de ses ressorts, de ses contraintes, de ses modes d'expression, etc. Je ne reviens pas sur ce qui a été écrit à l'occasion, vous trouverez ça dans la rubrique concernée. Il restait un certain nombre de points à aborder, et si je ne vais pas pouvoir tous les développer comme je le souhaiterais (on verra d'ailleurs pourquoi plus loin), je vais essayer de m'atteler à certains qui me tiennent à coeur, comme la question des idéologies.

Dieu est mort, Nietzsche est mort, et les idéologies ne se sentent pas très bien... On l'entend partout : les idéologies ne sont plus. Et il est vrai que l'on a bien plus de peine à trouver des individus se déclarant d'une idéologie précise que d'individus affirmant au contraire qu'ils ne sont "prisonniers d'aucune idéologie". On pourrait ironiser sur cette supposée fin des idéologies qui est en soi une idéologie (généralement, c'est celle d'un monde où marché et démocratie se tiennent la main et triomphent inexorablement des méchants idéologues islamorouges). Mais laissons la polémique au vestiaire et interrogeons nous plutôt sur ce phénomène. Car on ne peut le nier, notre génération, celle qui n'a quasimment pas connu la Guerre Froide, a été éduquée dans la méfiance des idéologies et les regarde du coup avec beaucoup de réserve.

C'est d'ailleurs plutôt une bonne chose : le sceptissisme fondamental, cher à Descartes, est évidemment bien plus souhaitable que l'adhésion aveugle, quasi mystique, à une idéologie inculquée dès l'enfance. Cependant, j'ai tendance à penser que de s'arrêter à ce simple rejet de toute idéologie, c'est n'avoir accompli qu'une partie du chemin.  Il ne faut pas, je crois, considérer l'idéologie simplement comme un cadre rigide, qui fixe des ornières et qui enferme la pensée. En fait, ne pas confondre idéologie et doctrine. C'est certes, souvent le cas, mais il faut justement réussir à s'affranchir de cet aspect négatif pour voir qu'une idéologie, c'est aussi le fruit d'un travail de connexion entre des pensées habituellement cloisonées pour en tirer un système cohérent d'explication du monde. Je ne dis pas que ce système doit être immuable, ou absolu dans le sens où tout doit nécessairement entrer dedans. Et la remise en question perpetuelle son/ses idéologie(s) est bien entendu essentielle.

L'idéologie, si elle adoptée et quelle qu'elle soit, doit être le fruit d'une observation du monde propre, d'où l'on tire des enseignements généraux. Elle doit être un référentiel, un simple point de repère dont on peut d'autant plus se distancer. Pour faire une métaphore fumeuse, c'est une sorte de phare, mais dont on ne doit pas se laisser aveugler par la lumière. De toutes façons, on se rattache tous plus ou moins à une ou plusieurs idéologies dans notre façon de concevoir le monde, d'envisager sa transformation, notamment par le biais de l'action politique.

Pour évoquer un autre "problème" qui se pose à la pensée, je voudrais citer une phrase de Woody Allen, qui sous des dehors naïfs résume très bien les choses :

"Quand je ne travaille pas, je pense, et quand je pense, je deviens déprimé."


Clock.jpgBeaucoup de choses à dire sur cette phrase anodine. Prenons-la par derrière (en toute élégance). "Quand je pense, je deviens déprimé". On touche là à une observation effectuée déjà par Schopenhauer, mais aussi beaucoup d'autres dans son sillage, à savoir que de penser n'est pas forcémment bénéfique pour l'individu pensant, et qu'il s'agit généralement de l'inverse. Le philosophe allemand disait dans une courte formule : "Heureux les esclaves". Après tout oui, en refusant de penser, en restant un esclave intellectuel, on est plus heureux : pas de responsabilisation, pas d'efforts, pas de révélations sur la laideur intrinsèque de la vie. Aussi, on peut se demander à quoi bon penser si ce n'est que pour apporter des malheurs à l'individu pensant.  C'est bien parceque la pensée est une nécessité tant dans l'accomplissement de soi que que dans le progrès social global qu'elle conserve certains adeptes. Ne nous leurrons pas, la grande majorité de la population de pense plus, et laisse les chaînes de télévision penser pour elle par procuration.

L'autre morceau de la phrase est intéressant car il introduit le matériel dans notre débat. Penser c'est bien joli, encore faut-il en avoir le temps. Quand on travaille huit heures par jour, qu'on doit se déplacer pour aller à son lieu de travail, qu'on a des tâches à domicile, etc.  rien n'est moins facile que de trouver le temps de penser. On pourrait lire les débats sur la réduction du temps de travail à l'aune de ce constat là : la vitalité démocratique a besoin de citoyens qui ne sont pas sur-exploités, qui ont le temps de si'ntéresser un peu aux domaines culturels, etc. A ce titre, et en guise de conclusion, votre serviteur en profite pour s'excuser de ne poster plus souvent sur ce blog : tempus fugit. D'ailleurs, il y aurait encore maintes et maintes choses à dire en introduction de cette rubrique, mais ça sera pour les calendes grecques...
par Louis publié dans : Idées
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Lundi 17 septembre 2007
fethumaaffiche2007.jpgEn ce week-end de mi-septembre, comme tous les ans la Fête de l'Humanité a investi le Parc de la Courneuve pour trois jours de débats, de concerts, de frites, de bière et de convivialité. J'ai eu le plaisir de m'y rendre avec quelques amis les trois jours (en soirée le vendredi et le samedi, l'après-midi le dimanche), alors que je n'avais pu y assister l'année passée. Petit tour d'horizon de ce qui est, le temps d'un grand week-end, la capitale du communisme en France et dans le monde...

Ce qui est bien avec la Fête de l'Huma, c'est qu'on peut n'être pas venu depuis des années et ne pas être dépaysé : les stands sont toujours aux mêmes places, proposent à peu près toujours les mêmes activités ou plats, etc. Du coup, on n'a pas eu grand mal à retrouver le stand de Gennevilliers (ma ville), masse imposante à l'angle entre deux allées du parc. A dire vrai, c'est même probablement le plus grand stand de section locale de la fête, avec son bar et sa terrasse, son grand chapiteau sous lequel on peut manger un kebab ou des plats plus élaborés (cochon de lait, etc.), sa tombola et ses toilettes pas trop engorgées. Et comme tous les ans, ça a été notre lieu de rendez-vous naturel, facile à retrouver, et accueillant.

On redécouvre aussi avec joie les autres stands de sections PCF françaises, et surtout les stands des partis communistes à travers le monde entier. Les T-shirts du PCI sont toujours aussi sympathiques, le stand cubain toujours aussi animé, on mange semble-t'il toujours aussi bien au stand Vietnam, il n'y a toujours pas de stand Corée du Nord, etc. Il n'empêche que ce petit tour du monde en banlieue parisienne fait plaisir à voir et rappele que le communisme a cette force d'être un idéal internationaliste partagé par delà les frontières. Le Village du Livre est également toujours aussi intéressant, avec sa prolixité et proximité d'auteurs très abordables.

Si je n'ai pas pu assister au débat entre Buffet, Hollande, Besancenot et Duflot (dont les médias n'ont retenu que quelques sifflets à l'encontre du premier secrétaire du PS alors qu'ils étaient, parait-il, très marginaux), j'ai pu écouter Bernard Thibault qui débattait notamment du rôle des représentants syndicaux dans les négociations. Sa démonstration ne m'a, à vrai dire qu'à moitié convaincu, étant un peu plus favorable à l'autogestion que ce qui se fait à la CGT, où les pesanteurs bureaucratiques sont au moins aussi fortes qu'à l'UNEF... J'ai aussi entendu le discours de Mélenchon, qui appelait comme tous les autres à la constitution d'un parti de rassemblement à gauche du PS, fustigeait la casse sociale entamée par Sarkozy, etc. Convaincant sur le fond, un peu trop mélenchonesque sur la forme... Enfin, il y a eu le discours de Patrick Le Hyaric, le directeur de l'Humanité, le dimanche après-midi. Le vrai enseignement de ce discours un peu fourre-tout, c'est que Marie-George Buffet, contestée à l'intérieur de son parti, n'a pas fait de discours à la Fête pour la première fois depuis des années.

HUMA.jpgLa Fête de l'Huma c'est aussi -et surtout pour beaucoup de ses visiteurs- une affiche de concerts qui n'a pas à rougir de la comparaison aux autres festivals d'été, surtout pour 15€ les trois jours (quand on voit le prix prohobitif de Rock en Seine, exemple type du festival pour jeunes fortunés de la banlieue ouest de Paris). Et des quelques concerts auxquels j'ai assisté, c'est sans conteste ceux du vendredi soir qui étaient le plus réussis.

Ainsi, je n'imaginais pas que Grand Corps Malade, que j'apprécie beaucoup en studio, puisse transcender à ce point sur scène. Chair de poule, frissons, larmes aux yeux en écoutant les mots si justes débités par sa voix profonde. Le même soir, les Fatals Picards ont distillé avec beaucoup d'énergie et d'humour leur "rock indé-débile", pour notre plus grand bonheur. La tête d'affiche du festival, Iggy Pop, dont je suis un grand fan, m'a beaucoup déçu. Certes, il a sauté dans tous les sens, a fait le cabot cabotin sur scène pendant "I wanna be your dog" en faisant monter une spectatrice sur scène et se mettant à quatre pattes devant elle, certes à l'age de la retraite sa prestation était déjà quelque part exceptionnelle... Mais 40 toutes petites minutes de concert, et une fin de prestation pour le moins brutale ont de quoi décevoir. Le dimanche, l'orchestre philharmonique de Radio France réussissait une très belle prestation en accompagnant un montage vidéo assez réjouissant d'extraits de films de Buster Keaton réinterprétés. Enfin, Renaud a beaucoup chanté de ses nouvelles chansons, pas forcément les plus percutantes et le plus souvent faux. Heureusement qu'on a quand même eu le droit à quelques classiques en fin de concert...

Enfin, la Fête de l'Huma c'est surtout l'occasion de retrouver ou de rencontrer beaucoup de monde : amis de Gennevilliers, amis de Sciences Po, amis venus de Suisse pour l'occasion, et bien sûr les oncles, les tantes, les cousins et cousines, tout aussi habitués que moi à ce rendez-vous pour nous presque familial. Et pour une fois, on n'a pas eu les pieds dans la boue pour chanter l'Internationale ! Espérons simplement que ce n'était pas la dernière...

par Louis publié dans : Rubrique à brac
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Mardi 11 septembre 2007
Plan--te-Terreur.jpgJe n'aime pas les films d'horreur. Je n'aime pas beaucoup les films d'action non plus. Alors quand on m'a proposé d'aller voir "Planète Terreur", de Robert Rodriguez, j'ai un peu hésité. Certes, c'est avant tout une parodie des deux genres sus-cités, mais ne maîtrisant que partiellement les films du genre, j'avais un peu peur de ne pas saisir toutes les références. Et puis, surtout, je n'ai pas vu "Boulevard de la Mort" de Quentin Tarantino, qui forme avec le film de Rodriguez le dyptique "Grindhouse". Aux  Etats-Unis, les deux films ont d'ailleurs été diffusés ensemble, simplement entrecoupés de bandes-annonces bidons.  Mais finalement, le film de Rodriguez peut très bien s'apprécier seul, et c'est tant mieux car il m'a en plus beaucoup plu.

Planète Terreur c'est l'équivalent, et ce n'est pas étonnant, de ce que Kill Bill peut être pour les films d'arts martiaux des 70's avec les films d'action, d'horreur et gore de la même époque. L'outrance est de mise, tout comme l'humour noir et complétement décalé, les références multiples, les jeux sur la forme, etc. Tout est caricatural, et c'est tout ce qui fait le charme du film : du scénario aux répliques, des effets spéciaux au jeu d'acteur, tout respire bon ce parfum de nanar, de séries Z (se rendre à propos sur l'excellent http://www.nanarland.com) qu'on a tous vu au moins une fois. Les fameux films du lundi soir de la 6 en somme. Ainsi, de l'hémoglobine à ne plus savoir qu'en faire, des zombies purrulents et plus cannibales que ceux de Romero, des explosions à faire pâlir la tétralogie "Die Hard", une héroïne unijambiste avec une mitraillette-jambe de bois, le Bar B Q dans lequel on sert le meilleur barbecue du Texas, et beaucoup d'autres choses encore s'entremêlent dans un joyeux foutoir qui donne toute sa saveur au film.

Foutoir ne veut pas dire "n'importe quoi", et le film de Robert Rodriguez fait preuve, contre toute attente peut être, d'une très grande cohérence. Une sorte de bordel organisé en quelque sorte. Ainsi, une atmosphère particulière, à la fois surréaliste et opressante se met très vite en place, grace à une photographie soignée et très maîtrisée. A noter une utilisation très intelligente d'effets d'usure de la pellicule, dont le réalisateur joue pour intensifier certaines scènes, rendre au contraire plus froides d'autres. Le tout renforçant encore le cachet "à l'ancienne" du film, tout comme la musique, véritable répertoire de bandes originales à suspense archi-éculées. Le scénario tient sur une feuille de papier toilette, et est en lui-même prétexte à caricature : un virus qui transforme les gens en zombies, un groupe de "survivants" qui doivent récuperer un antidode, et une révélation complétement bidon à la fin. Le tout servi avec beaucoup de talent par un casting très éclectique, où l'on se plaira à reconnaître quelques visages bien connus des films de Tarantino et Rodriguez.

Planete-Terreurbis.jpgMais ce qui fait en plus le charme de Planète Terreur, c'est qu'il n'est pas qu'un simple divertissement second degré, mais qu'il porte aussi en lui une certaine subversion -déjà présente dans les films du genre des années 80, par exemple dans "la Nuit des Morts Vivants" de Romero. Ainsi, comment ne pas rire à cette scène autoparodique où,  face au cadavre écervelé de Fergie, la pulpeuse chanteuse des Black Eyed Peas et archetype de la superficialité, un docteur déclare : "Mais elle n'a pas de cerveau". Ou encore la mort d'un enfant à qui on a confié un pistolet et qui nous refait le coup de l'arroseur arrosé. Ou de voir une mamie grabataire se transformer en zombie, ou une scène de viol avortée pour cause de liquéfaction du pénis de l'assaillant en cours de zombification. On choque les bonnes consciences, on s'absout de toute morale, quitte à en faire des tonnes pour celà. Du reste, le film en lui-même peut apparaître comme subversif : le gore, la qualité parfois déguelasse de l'image, l'évocation de films complétement ringardisés, les scènes choquantes de bout en bout, etc. sont autant de contrepieds à un environnement visuel de plus en plus asceptisé, où l'on refuse tout ce qui n'est plus en haute définition, où l'on suit encore et toujours les diktats de modes et d'airs du temps aussi vite oubliés une fois les marchandises refourguées. Bref, une vraie bouffée d'air, vicié sans aucun doute, mais très appréciable.
par Louis publié dans : Critiques communauté : Cinéma
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Dimanche 9 septembre 2007
logo680.jpgLes sartriens en goguette sur mon blog auront deviné, à la lecture du titre de ce billet, que l'on va parler d'une manière ou d'une autre d'élections. En effet, c'est de "piège à cons" qu'avait qualifié le philosophe français les élections dans un article paru en 1973, en pleine période post-soixantehuitarde. Mais si la critique de Sartre, quoique ne manquant pas d'une certaine justesse, semblait bien excessive, l'expression "piège à cons" prend tout son sens lorsqu'on évoque les élections au Maroc. En l'occurence, des législatives de vendredi dernier, vaste parodie de démocratie organisée dans un pays où le Roi détient les rennes des quatre pouvoirs (exécutif, législatif, judiciaire, presse).

Ainsi, vendredi, moins d'un électeur marocain sur deux s'est rendu aux urnes -le taux de participation s'élève péniblement à 41%- pour élire l'un de ses 325 députés à la Chambre des Représentants. C'est d'ailleurs probablement la donnée la plus importante de ces élections, bien plus que les résultats à proprement parler. Comment interpréter le désintérêt des Marocains pour ces législatives ? On pourrait regarder le taux d'analphabétisme, particulièrement élevé dans le pays. Ou alors la corruption généralisée de la classe politique marocaine, qui décourage bon nombre d'électeurs. Je me souviens que l'argument était revenu de manière quasi permanente dans la bouche de mes interlocuteurs là bas, quelle que soit leur classe sociale : "De toutes façons, ils sont tous complétement pourris". Ce qui, à vrai dire, n'est pas faux du tout...

Democratie.gifOn pourrait aussi développer un peu sur l'omnipotence royale dans le jeu politique, qui fait des élections un jeu de marionettes à peine amélioré. A quoi bon voter, puisque les élections ne changeront fondamentalement rien, le roi conservant la mainmise sur toutes les petites et grandes affaires du Royaume ? Les Marocains le savent très bien : la soupe démocratique qu'on leur sert n'est qu'une amère blague. D'ailleurs, il ne suffit pas que les élections n'aient aucun impact pour les décrédibiliser : le pouvoir royal lui-même s'échine à les disqualifier. N'avait-t'il pas fallu attendre une semaine en 2002 avant d'avoir les résultats ? Cette année, le délai est tombé à "seulement" une journée et demi. Le temps de faire chauffer les calculettes au Ministère de l'Intérieur ? Soulignons également qu'il y a quelques mois, les circonscriptions ont été redécoupées par Rabat, afin d'influer sur le résultat des élections (en l'occurence minimiser la poussée du Parti de la Justice et du Développement, islamiste). Avec du coup des circonscriptions complétement incohérentes, aux écarts de représentativité abérants.

Le plus drôle -n'oublions pas que le rire est la politesse du désespoir- c'est que pour bon nombre de Marocains, le Roi ressort grandit de tout celà. La démocratie étant travestie en mascarade, les politiciens sont peu enclins à être responsables, et, à défaut de pouvoir réellement changer les choses, la politique devient un théâtre pour des ambitions personnelles. D'où une floraison de partis politiques (33 pour ces législatives 2007) qui ne font qu'ajouter à la confusion et à l'impression de joyeux bordel qu'est l'arène dite démocratique. Diviser pour mieux règner, en somme.

Abordons quand même le résultat de ces législatives : le PJD fait moins que prévu et c'est l'Istiqlal (droite nationaliste) qui remporte le plus de sièges. A noter la dégringolade de l'USFP (Union Socialistes des Forces Populaires, social-démocrate), qui passe de première à cinquième formation politique du pays. Le parti à la rose paye sûrement un affadissement des plus complets de son message socialiste, notamment du à sa présence dans la Koutla aux côtés de l'Istiqlal justemment. La Koutla, qu'est-ce que c'est ? C'est peut être encore un facteur d'explication du désintérêt pour la politique des Marocains : pour gouverner, sous l'impulsion du Roi (toujours !), les partis politiques sont invités à former des alliances. Entre autres pour éviter que le PJD ait le pouvoir. Du coup, en 2002, l'USFP et l'Istiqlal, les deux partis traditionnellement ennemis, ont du s'allier. Et le Premier Ministre nommé, Driss Jettou, fut un technocrate pur jus histoire de ne facher personne. Et encore un coup porté à la politisation des Marocains...

par Louis publié dans : Actualité - Politique
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Samedi 8 septembre 2007
Devotion-copie.jpg
Petit intermède pour signaler l'ajout d'une nouvelle image à la galerie "Images", que j'ai réalisée hier. Elle s'intitule "Dévotion", est dans la même veine joyeuse et enthousiaste que les précédentes et selon les mêmes techniques -particulièrement simples soit dit en passant. N'hésitez pas à me donner votre avis sur la chose...
par Louis publié dans : Rubrique à brac
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Vendredi 7 septembre 2007
arton5702.jpgAu programme de ma sortie cinéma d'hier soir : "Sicko", le dernier documentaire de Michael Moore  qui traite du système de santé américain et de ses incroyables défaillances.  Après avoir connu le succès le plus complet avec le documentaire culte "Bowling for Columbine" sur les armes aux Etats-Unis et le palmipède cannois "Farenheit 9/11" qui aborde  les dérives sécuritaires post-11 septembre, Michael Moore revient à un documentaire beaucoup plus social, proche des "petites gens", près de vingt ans après "Roger et moi", dans lequel il évoquait le démembrement industriel du Nord-Est, et notamment les conséquences des restructurations chez General Motors sur sa ville de Flint. Autopsie...

Qu'on l'apprécie ou qu'on le déteste, Michael Moore ne laisse pas indifférent, et tout le monde lui reconnaitra un style qui lui est propre dans la façon de faire du documentaire, que ce soit pour le décrier ou l'admirer. Et Sicko ne déroge pas aux recettes qui ont fait le succès du réalisateur : montage très rythmé, mélange entre séquences filmées par le réalisateur et images d'archives, recours au cinéma d'animation et bande originale judicieusement choisie, passage du rire aux larmes quasi-permanent. Ainsi, on ne s'ennuie pas un instant en regardant Sicko, et c'est déjà en soi un bon point. J'en profite d'ailleurs pour tirer mon chapeau (ou ma casquette s'il préfère) à Michael Moore pour avoir réussi, grâce à son style si particulier, à relancer un engouement pour les documentaires au cinéma depuis quelques années. C'est là ou normalement je me remets à faire du name-dropping, mais on n'est pas là pour ça...

sicko.jpgOn retrouve aussi dans Sicko la propension naturelle qu'à Michael Moore à se mettre lui-même en scène, à filmer sa silhouette en grand angle, sa dégaine d'américain on ne peut plus moyen dans sa modeste quête de la vérité. Et là encore comme dans les précédents opus, le documentariste procède par questionements successifs, dont la naïveté apparente n'est évidemment que de façade. Le tout est sous-tendu par une construction très réussie, faite à la fois d'une progression logique dans l'investigation/argumentation et d'une gradation savament entretenue pour faire le spectacle. Ainsi, Michael Moore commence par évoquer la situation aux Etats-Unis : d'abord les non-assurés (avec un plan très cru d'autochirurgie en ouverture du film), puis les assurés, mais qui ne bénéficient pas du système car se faisant refuser le remboursement des soins par leur compagnie, pour des raisons de plus en plus incroyables. En gros : comment la logique financière prend le pas sur la logique humaine, avec toute l'horreur quotidienne que ça implique. Puis, Michael Moore décide de voyager un petit peu et commence par aller, comme dans Bowling for columbine, au Canada, pour dire que c'est mieux là bas. Puis, il ose le Vieux Continent avec l'Angleterre. Et ensuite la France ! Bigre, mais comment faire pire ? Embarquer pour Cuba pardi ! Et constater que "même" là bas, ça fonctionne bien mieux qu'aux Etats-Unis.

Alors, évidemment, on n'échappe pas non plus à certains écueils inhérents à Michael Moore. A savoir des visions biaisées, pas fausses mais auxquelles on pourrait reprocher de mentir par omission, voire quelques exagérations (le couple de Français "moyens" qui gagne 7000€/mois, "moyen" selon des critères américains peut être...). Le sentiment d'être parfois plus près de la propagande que de l'investigation. Celà étant dit, la chose reste assez limitée dans le film, et surtout presque assumée en tant que telle. Le créneau de Michael Moore, c'est le documentaire d'agit-prop, très "Pan dans ta gueule", qui sert avant tout à faire passer un message précis, en y perdant peut être un peu d'objectivité. Mais comme c'est pratiquement assumé et qu'on commence à avoir l'habitude, on sait à quoi s'attendre et on peut aussi l'apprécier comme tel. C'est en tout cas ce que votre serviteur a fait.
 
par Louis publié dans : Critiques communauté : Cinéma
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Jeudi 6 septembre 2007
medium-Guy-Moquet.jpgJ'ai pu constater depuis quelques jours la floraison, sur les panneaux  d'affichage public de ma ville, d'une nouvelle affiche du PCF. D'une dominante rouge qui tranche avec le vert des affiches de la Fête de l'Huma qui couvrent en ce moment tous les panneaux de Gennevilliers, elle figure de manière un peu stylisée le portrait de Guy Môquet ci-contre. Celui-ci couvre la majeure partie de l'affiche, est légendé discrètement "Guy Môquet, résistant communiste fusillé à Chateaubriant", et surmonte un bandeau dans lequel est inscrit : "Aujourd'hui, demain, combattre ensemble", ou quelque chose d'approchant. Le logo du PCF dans un coin de l'affiche complète le tableau.

Tout d'abord je n'ai pu m'empêcher de sourire. En effet, depuis que Sarkozy a popularisé le jeune homme en lui réservant son premier hommage de Président de la République, les passions se déchaînent, et notamment au PCF qui refuse de se faire voler "son" héritage. Pourtant, au-delà des manoeuvres politiciennes auxquelles Sarkozy nous a habitués, je trouvais plutôt positif que cette page de l'Histoire de France sorte de l'ornière communiste. A titre personnel j'ai été assez tôt sensibilisé à la personnalité de Guy Môquet et à la mémoire des fusillés de Chateaubriant, banlieue rouge oblige. Ainsi, dans la rubrique "martyrs de Chateaubriant" on trouve à Gennevilliers un collège Guy Môquet, une rue Jean-Pierre Timbaut (syndicaliste et employé municipal à la mairie de Gennevilliers, créateur à ce titre de la toute première colonie de vacances), une rue Jean Grandel ( premier maire de Gennevilliers), etc.

Mais, comme le proclame un célèbre titre de film, tout le monde n'a pas la chance d'avoir des parents communistes, ou du moins de grandir dans une ville communiste, et cette mémoire était jusqu'ici ignorée du plus grand nombre. Le PCF lui-même mettait en sourdine la martyrologie qui l'avait habité,  particulièrement au sortir de la guerre. Mais voilà que Guy Môquet revient sur la scène médiatique, et donc redevient un enjeu de lutte. Mouais...

J'aurais tendance à penser que c'est au contraire tomber complètement dans l'habile jeu de Nicolas Sarkozy que de vouloir se réapproprier Guy Môquet de la sorte. C'est s'incarner comme les forces obscures de la fermeture quand lui se veut le chantre de l'ouverture. C'est prêter le flanc à l'accusation droitière très à la mode de "sectarisme". Plus encore, c'est un aveu de faiblesse incroyable, c'est légitimer d'une certaine façon l'omniprésence de Sarkozy, puisque c'est ne se définir que par rapport à lui, même si c'est en creux. En somme Sarkozy est partout, jusque dans les affiches du PCF.

Certes il est très important d'honorer cette mémoire, fut-elle partisane, car de par sa nature partisane elle est trop souvent ignorée. Ca fait partie d'un certain folklore, même si ça ne parle souvent qu'aux militants. D'autres exemples de mémoires similaires, occultées souvent par les pouvoirs en place et honorées par certains groupes particuliers, me viennent : octobre 1961, la Commune de Paris, etc. Important de ne pas oublier donc, mais si la seule visibilité du Parti Communiste c'est l'invocation des morts, alors il n'y a plus de doute, le parti a déjà un pied dans la tombe.
par Louis publié dans : Actualité - Politique
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Lundi 3 septembre 2007
Tout a été dit cent fois,
Et beaucoup mieux que par moi.
Aussi quand j’écris des vers
C’est que ça m’amuse
C’est que ça m’amuse
C’est que ça m’amuse et je vous chie au nez.

Boris Vian - Tout a été dit cent fois
Voici venu le premier article de cette rubrique "Idées", dans laquelle je vais tenter, avec les modestes moyens du bord, d'élaborer des réflexions à portée plus large et plus philosophiques que dans la rubrique "Actualité-Politique" qui se propose plutôt d'être un espace de commentaire de l'actualité.  Réflexions libres ou plus souvent appuyés sur des extraits de texte variés, puisque comme le dit Boris Vian, "tout a été dit cent fois". C'est justement cette réalité évoquée par le poète qui me pousse à me poser, en guise d'introduction, cette première question, fondamentale : Peut-on encore penser ?

Caspar.jpgLe petit poème de Vian peut sembler n'être qu'une petite pirouette vaguement provoc', pourtant elle renferme en son sein un des problèmes qui se posent d'entrée au philosophe en herbe que je suis, et que nous sommes tous. En effet, à quoi bon penser quand tout a été déjà dit ? Après tout, la philosophie a derrière elle plus de trente siècles d'auteurs et d'écrits, qui se sont tournés vers, semble-t'il, tous les objets possibles de la réflexion. Ajoutons à celà que les opinions les plus contradictoires ont été formulées, et il devient vertigineux d'envisager se lancer soi-même dans cet océan déjà bien rempli de la philosophie. Vais-je apporter quelque chose en plus à ce vaste édifice de la pensée ? Probablement non...

Alors pourquoi se jeter à l'eau quand-même ? Deux réponses me viennent spontanément. Premièrement, parcequ'il est généralement très délicat d'affirmer qu'une chose est absolue, ici que la philosophie est belle et bien finie. Faisons plutôt le pari, assez peu risqué d'ailleurs, qu'il reste, dans l'océan de la philosophie, un certain nombre d'espaces vierges à conquerir. Certes, il m'est pour le moment difficile de savoir lesquels, mais sans exploration, leur éventuelle découverte est impossible.

Deuxièmement, et c'est la réponse la plus importante des deux, parceque faire de la philosophie, ce n'est pas simplement tenter d'ajouter une pierre à un édifice. C'est avant tout un travail sur soi, tout à fait personnel, et qui doit s'affirmer avant tout en tant que tel, surtout à un niveau aussi modeste que le mien. Ce qui importe, ce n'est pas tant de parvenir à formuler une pensée qui n'a jamais été formulée, car on l'a dit, c'est particulièrement compliqué du fait de la somme déjà existante des pensées et de notre niveau respectif en la matière. L'important, c'est de faire un cheminement propre, qui ammène à formuler des idées quand bien-même elles l'ont déjà été mille fois par le passé. C'est avoir réussi à édifier un petit édifice, complétement dérisoire par rapport à la somme de la philosophie jusqu'à nos jours, mais un édifice que l'on aura réussi à élever soi-même et qui, par son édification, nous aura transformés. Pour résumer le tout dans un aphorisme bancal : mieux vaut passer sa vie à construire une petite cabane qu'à contempler un superbe palais.

C'est beau comme du Friedrich Nietzsche (ou plus probablement du Jean-Claude Van Damme), mais ça ne répond qu'à moitié à notre question. On vient là d'évoquer, de manière très rapide d'ailleurs, une des finalités possibles de la philosophie à l'échelle individuelle. Mais la question des moyens alors ? Comment penser, avec quels méthodes, quels supports ? Faut-il tourner complétement le dos à tout ce qui a déjà été écrit, formulé, pensé ?

Open-Minded.jpgAssurément non : l'étude des textes philosophiques est évidemment particulièrement stimulante et positive pour l'esprit. Elle permet de découvrir des modes de réflexion auxquels il n'est pas forcémment habitué, elle ouvre des pistes réflexives sur toutes sortes de sujets, que l'on aurait peut-être jamais envisagés avant que leurs auteurs ne les évoquent. Ceci étant dit, il ne faut pas que l'étude de ces textes nuise au cheminement personnel qu'on évoquait plus haut. C'est à dire qu'il ne faut pas qu'elle joue le rôle d'inhibiteur, sur le registre du "Tout a été dit cent fois, et beaucoup mieux que par moi, donc ça ne sert à rien que je pense", pour les raisons que l'on a évoquées plus haut. Il ne faut pas non plus que cette étude de textes se passe d'une essentielle distanciation, d'un regard critique permanent et d'une affirmation du "moi philosophique", même face à des poids lourds. "Socrate dit ça, mais si il me semble que c'est de la merde, ça a beau être Socrate, je dois le dire et surtout tenter d'expliquer pourquoi". Mais toujours argumenter, ne pas tomber dans le fanatisme aveugle, que ce soit dans l'adoration ou la détestation des auteurs.

Je me rends compte que j'avais encore pas mal de choses à évoquer en guise d'introduction, mais elle est déjà bien trop longue en tant que telle. Aussi, je laisse à un prochain article les questions pourtant très liées des idéologies, de leur déconstruction généralisée, d'éventuelles reconstructions, du contexte actuel défavorable à la pensée (l'idée contre la marchandise), etc. Et n'oubliez pas de penser, même de façon aussi médiocre que je viens de le faire, mais pensez !
par Louis publié dans : Idées
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Samedi 1 septembre 2007
Accroché au début des vacances par le montage sec, les images léchées et la musique de sa bande-annonce (http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=18734152&cfilm=114644.html), j'ai enfin pu voir "Naissance des pieuvres" au cinéma hier soir. Ce long-métrage est le premier d'une jeune réalisatrice française, Céline Sciamma, fraichement émoulue de la Fémis. Le scénario du film a d'ailleurs été élaboré dans le cadre d'un travail de fin d'études, particulièrement salué par le jury. Moins d'un an plus tard, la metteuse en scène le porte à l'écran de façon remarquable.

18764982-w434-h289-q80.jpg"Naissance des pieuvres" est, quand j'y réfléchis, une sorte d'exemple-type d'un cinéma qui me plait , que je serais tenté de qualifier de "cinéma total". Derrière ce concept foireux inventé pour la circonstance se cacheraient des films particulièrement denses, dans lesquels rien n'est laissé au hasard, bourrés de symboles, d'une inattaquable cohérence, où tout, du montage à la bande son, du jeu d'acteur aux cadrages, des décors à la photographie, s'imbrique parfaitement uniquement au service du propos du film. On peut reprocher à ce type de films d'être parfois un peu trop froids à force d'être implacables, peut être. Exemples de cinéastes qui me viennent pour illustrer ce "style" : Kubrick ou Costa-Gavras (notamment "Etat de Siège").

Ainsi,  "Naissance des pieuvres" se caractérise par cette virtuosité qui consiste à ne rien lacher du premier au dernier plan du film. Le thème du film ? La complexité et la cruauté de l'adolescence, de son éveil aux sens, de la naissance du corps comme objet de désir et/ou de répulsion, etc. à travers un trio de jeunes filles qui gravitent autour de l'univers particulier de la natation synchronisée.  La mise en scène est  particulièrement soignée, toujours très juste et donnant véritablement à sentir la réalité des situations décrites. On appréciera notamment des cadrages très serrés, permettant de retranscrire au mieux le paradoxe entre des émtions très fortes mais confinées.

18764978-w434-h289-q80.jpgLes trois comédiennes principales servent très bien le film, par un jeu tout en justesse. La bande-son est très discrète, construite autour d'un seul thème particulièrement envoûtant, qui ne revient que lorsque nécessaire. Le film est très stylisé, que ce soit par ses scènes de natation synchronisée remarquablement filmées ou par ses plans des personnages évoluant dans le décor design de la ville nouvelle de Cergy Pontoise. On retrouve d'ailleurs dans les décors mêmes un certain nombre de symboles forts du film : la piscine, évidemment, lieu de moiteur et de révélation des corps, mais aussi ces clotures qu'à plusieures reprises les adolescentes franchissent par de petites ouvertures secrètes, à elles-seules métaphores de l'adolescence. Et bien sûr la natation synchronisée, univers féminin par excellence, monde de l'artificiel et de la performance, de l'uniforme et du paraître, avec tous ses envers du décor.

Il y aurait beaucoup d'autres scènes et thématiques abordées par le film à évoquer, mais je ne voudrais pas en dévoiler trop. J'espère en tous cas vous avoir donné envie de vous perdre dans les tentacules de ces pieuvres le temps d'une séance de cinéma.
par Louis publié dans : Critiques communauté : Cinéma
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Vendredi 31 août 2007

En sortant du métro ce soir, j'ai  vu une scène que j'ai trouvée assez pittoresque et qui illustre parfaitement la vision que je me fais de l'avenir de la presse écrite sur support papier. Dépeignons d'abord le tableau en question avant de digresser un peu sur le sujet.

citizen-kane-SPLASH.jpgAlors que je montais les marches reliant la station sous-terraine à la surface, j'ai découvert progressivement, à mesure que je m'élevais et que mon champ de vision s'agrandissait : un parasol rouge siglé "Direct Soir", puis deux casquettes rouges tout aussi siglées, et en dessous deux jeunes tout de rouge vêtus et qui souriaient en tendant aux passants l'édition du soir du journal gratuit qu'ils avaient en piles à leur côté. Ce n'est que quelques secondes après que j'ai aperçu deux cinquantenaires, habillés en "civils", qui eux présentaient de manière plus austère le non-moins austère Journal de Lutte Ouvrière, reconnaissable à la faucille et au marteau qui chapeautent sa une.

Le contraste était frappant et bien évidemment plein de symboles. Certains y verront se cotoyer le passé et l'avenir, d'autres le professionalisme et l'amateurisme, d'autres encore la sincérité et la futilité... Quoiqu'il en soit, la composition un peu croquignole formée par les quatres quidams m'a interpellé particulièrement parcequ'elle correspond, dans les grandes lignes, à ce que risque de devenir le journalisme papier dans les années à venir.

pt15540.jpgLa presse écrite traditionnelle est en crise : l'émergence conjuguée d'internet et des journaux gratuits lui donne des coups de boutoir qu'elle peine à encaisser. Du coup, on est en pleine phase de mutation, avec justement l'investissement des deux secteurs sus-cités (internet et gratuits) par les grands groupes de presse, ainsi qu'en témoigne l'essor des publications qui sont entrées dans le sillage des précurseurs 20 Minutes et Métro : Matin Plus, Direct Soir, etc.  Autre avatar de cette mutation, la concentration capitalistique des médias pour faire face aux nouveaux enjeux. Pas le temps de développer sur le thème des menaces que celà fait peser à l'indépendance et au pluralisme de la presse, mais vous trouverez à ce propos des analyses pertinentes sur le site d'Acrimed (en lien à gauche). Quoiqu'il en soit, les grands journaux semblent particulièrement menacés, et les difficultés de France Soir ou de Libération ne sont probablement que les premiers symptomes.

Alors que va-t'il rester sur les cendres de la presse écrite traditionnelle ? Hé bien c'est là qu'on retrouve nos quatre vendeurs de ce soir, qui symbolisent la façon dont je vois l'avenir du secteur : d'un côté la presse gratuite, qui fournit une information des plus basiques, neutre (pas le temps de discuter de la neutralité d'une presse qui par son apparente neutralité cautionne un système de valeurs précis, on en reparlera), pas franchement fôlichone mais qui permet de se tenir au courant de ce qui se passe dans le monde (à discuter aussi) ; de l'autre, une presse écrite payante que j'imagine éclatée en petites structures, dans des "marchés de niche" pour reprendre une expression de marketing. Une presse pour les gens qui voudront aller plus loin que le gratuit, donc une presse qui apporte une plus-value (décidement, l'économie se niche dans tout cet article) en matière d'information, d'analyse, de prise de position. Des journaux sûrement plus militants, plus intelligents peut être aussi...

par Louis publié dans : Rubrique à brac
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