Au lecteur

C'est ici un blog de bonne foi, lecteur. Il t'avertit dès l'entrée que je ne m'y suis proposé aucune fin, que domestique et privée. Je n'y ai eu nulle considération de ton service, ni de ma gloire. Mes forces ne sont pas capables d'un tel dessein. [...] Si c'eût été pour rechercher la faveur du monde, je me fusse mieux paré et me présenterais en une marche étudiée. Je veut qu'on m'y voie en ma façon simple, naturelle et ordinaire, sans contention et artifice : car c'est moi que je peins. [...] Ainsi, lecteur, je suis moi-même la matière de mon blog : ce n'est pas raison que tu emploies ton loisir en un sujet si frivole et si vain.
Louis (et Montaigne).
 
Lundi 28 janvier 2008
Ca fait un moment que je n'ai pas posté de critique culturelle sur ce blog,  et je crois n'en avoir jamais fait  au niveau musical. Voilà donc venue l'occasion de commencer, puisque  j'ai pu découvrir deux très bons groupes samedi soir en concert. C'est mon petit frère qui m'a entraîné , voulant  notamment que je voie "Fahoro Mei", une formation de fusion avec lequel son groupe entretien des relations d'amitié depuis un concert commun en novembre. Et je n'ai pas regretté le déplacement !

Avant de m'attaque aux groupes en question, un petit mot sur la salle, que je découvrais également à l'occasion : la Scène Bastille. Idéalement située à quelques encablures de la place de, la Scène Bastille offre également un cadre très agréable, avec une déco sobre, faite de poutrelles, rivets et autres lampions oranges. La salle peut contenir facilement deux cent personnes, sans compter les quelques tables sur les côtés. Car il y a aussi un bar, particulièrement fourni du reste. On regrettera par contre la gestion de la fin du concert : cinq minutes après le dernier morceau, il fallait déjà quitter  la salle, apparement pour cause de transformation en boîte de nuit après minuit.

High-Hopes.jpgMais venons en à l'essentiel : les groupes ! Si trois groupes étaient à l'affiche ce soir, deux m'ont particulièrment accroché : High Hopes et Fahoro Mei, donc. C'est High Hopes qui a ouvert le bal, avec des compos qui vont chercher leur inspiration à la fois dans le grunge (Nirvana, et surtout Nickelback pour la voix du chanteur), dans des riffs entêtants comme ceux d'Interpol, et surtout chez les Smashing Pumpkins, dont le nom m'est spontanément venu après l'écoute de deux ou trois morceaux du groupe. Et ça tombe bien, car j'adore les Smashing Pumpkins ! Les chansons sont donc rarement joyeuses mais particulièrement touchantes, servies par une musique à écouter très fort dans le casque, tout seul dans le noir au fond de son lit. High Hopes a un site web et surtout est écoutable sur Jamendo. Ils ont aussi un chouette CD à 5€, plutôt bien enregistré d'ailleurs.

Fahoro.jpgFahoro Mei cloturait le concert, et l'a fait de fort belle manière. Si j'avais pu écouter quelques uns de leurs morceaux en ligne, c'est vraiment en concert que l'effet est le plus réussi. Car Fahoro Mei fait du lourd, un son qui va chercher très clairement du côté de Rage Against the Machine et, pour une référence française (car Fahoro chante en français), No One is Innocent. D'ailleurs c'est tant mieux que les chansons soient en français puisque les textes sont très bien écrits et, pour ne pas me déplaire, assez engagés. Bref, une heure de pogo avec pour fond les prestations vocales de Naïm, le chanteur du groupe, qui scande aussi bien qu'il murmure. Fahoro Mei s'écoute sur Jamendo et possède un site web (pas modifié depuis longtemps par contre).
par Louis publié dans : Critiques
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Vendredi 18 janvier 2008
J'ai réalisé cette interview tout à l'heure pour mon cours de presse écrite économique. Comme je la trouve intéressante, je me permets de vous la faire partager.

Interview d'Eric Heyer


Eric Heyer est directeur adjoint du département analyse et prévision de l'Observatoire Français des Conjonctures Economiques (OFCE).

index-pouvoir-achat.jpgLe pouvoir d'achat est une des préoccupations majeures des Français, que pouvez-vous nous dire sur sa réalité chiffrée ?

Le pouvoir d'achat, concrètement, c'est l'écart entre l'augmentation des revenus et l'inflation. Il se trouve qu'en France cet écart est positif, c'est à dire que les revenus augmentent un peu plus vite que les prix, donc qu'en moyenne le pouvoir d'achat ne recule pas et a même tendance à progresser légèrement. Mais ce constat soulève deux nuances. La première concerne les chiffres de l'inflation communiqués par l'INSEE, qui sous-estimerait la hausse des prix et qui fausserait donc le calcul du pouvoir d'achat. La seconde, qui est très importante, c'est que lorsque l'on parle de pouvoir d'achat, il s'agit de données macro-économiques, de moyennes nationales, qui gomment les disparités entre les différentes catégories au sein du pays.


Et ces disparités sont fortes en France ?

Tout à fait. Il y a en réalité des catégories qui voient leur pouvoir d'achat reculer, typiquement les ménages les plus démunis, alors qu'au contraire les plus riches l'ont vu progresser, parfois très fortement. En termes financiers la hausse de pouvoir d'achat des uns fait plus que compenser la baisse de pouvoir d'achat des autres, ce qui explique qu'en moyenne le pouvoir d'achat augmente. Mais en nombre d'individus, les perdants sont beaucoup plus nombreux que les gagnants, c'est pour cela que la question du pouvoir d'achat se pose si fortement.


Qu'est-ce qui peut expliquer de telles disparités ?

Cette différence s'explique surtout par des structures de consommation différentes. En effet, les ménages les plus riches ont en proportion plus de dépenses de loisir que les plus pauvres, et on constate par exemple que les prix des biens d'équipement audiovisuel (chaînes Hi Fi, écrans plats, etc.) ont fortement reculé. A l'inverse, les ménages les plus pauvres consomment en proportion plus de produits de première nécessité (viande, légumes, etc.), dont les prix ont le plus augmenté. Enfin, il y a un facteur qui joue beaucoup dans ces disparités : le tabac, dont le prix a explosé ces dernières années. Les catégories les moins aisées consomment beaucoup plus de tabac que les plus riches. Et lorsque l'on retire le tabac des statistiques, on se rend compte que les disparités sont bien plus faibles.


Les mesures du gouvernement pour redonner du pouvoir d'achat aux Français vous semblent-elles adaptées ?

Non. On voit bien que, du fait des disparités, il faudrait cibler les mesures censées redonner du pouvoir d'achat sur les catégories sociales les moins riches. Or le gouvernement s'est trompé de cible puisque les mesures prises depuis l'élection de M. Nicolas Sarkozy ont surtout bénéficié aux plus riches. Le gouvernement a baissé l'impôt sur le revenu, c'est une mesure qui ne concerne que les gens qui sont suffisamment aisés pour payer l'impôt. L'allègement des droits de succession, le bouclier fiscal vont dans le même sens. Il aurait au contraire fallu prendre des mesures qui concernent exclusivement les catégories ayant les revenus les plus faibles, comme par exemple augmenter la prime pour l'emploi (PPE).

par Louis publié dans : Actualité - Politique communauté : Apprentis journalistes
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Lundi 14 janvier 2008
On dirait le Sud
Le temps dure longtemps
Et la vie sûrement
Plus d'un million d'années
Et toujours en été.

Nino Ferrer - Le Sud

Douze jours que je n'ai pas écrit sur mon blog : mais que se passe-t-il ? Entre autres nombreuses choses, il se passe la campagne syndicale à Sciences Po dans laquelle je m'implique comme qui dirait pas mal. A Sud étudiant, oui, pourquoi pas hein ? Et puisque finalement j'ai mis en page la totalité de notre matériel de propagande et que j'en ai écrit une bonne part, pourquoi ne pas vous le faire partager ici même ? Je suis sûr en plus qu'il y aura matière à débat...

Notre belle profession de foi

Notre superbe premier tract

Notre mirifique tract pour le conseil scientifique

Le premier d'une serie de sublimes tracts "éducatifs"

par Louis publié dans : Actualité - Politique
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Vendredi 4 janvier 2008
Les voeux  laissent toujours un goût bizarre : qu'on souhaite d'un coup tant de bonheur, de santé, de réussite, de prospérité, ça perturbe, ça dérange. Parcequ'en creux on sait bien que l'année ne sera ni forcémment heureuse, saine, réussie ou prospère. Et l'on peut  souvent affirmer qu'elle sera même proportionellement inverse aux voeux reçus : n'est-ce pas aux personnes en fin de vie que l'on souhaite "avant toute chose la santé" ?  Toute cette digression  un peu nihiliste pour dire que, plus que les autres voeux, ceux de Nicolas Sarkozy m'ont particulièrement  inquiétés.

Le président , tout juste rentré de sa crocodilesque croisière, s'est adressé à ses compatriotes le 31 décembre à la télévision. Il a, à cette occasion, employé une expression  aussi choc dans la forme qu'hermétique dans le fond : il souhaite une "politique de civilisation" ? J'ai beau y réfléchir, je n'arrive pas à voir dans ces termes autre chose que la résurgence d'une thèse bien connue, celle défendue par Samuel Huntington (et ces vrais cons de faucons néo-cons américains) de "choc des civilisations". Le monde se diviserait en blocs civilisationnels voués à un affrontement plus ou moins larvé pour la domination. Tout à fait réjouissant.

Dans cette perspective, qu'est-ce qu'impliquerait une "politique de civilisation" ? L'alignement à un éventuel leader de cette prétendue civilisation (à tout hasard de l'autre côté de l'Atlantique) ? Un impérialisme culturel, où l'on affirmerait la supériorité de notre civilisation, comme lorsqu'il s'agissait de coloniser l'Afrique à la fin du XIXème siècle ? Voire la définition de fumeux critères civilisationnels. Et qu'est-ce que l'on voit poindre à l'horizon : les fameuses racines chrétiennes...

caricature-recto.jpgCa tombe bien, Sarkozy s'est aussi rendu au Vatican récemment. On l'a fait chat blanc-chanoine, l'Eglise oubliant bien vite sa politique d'immigration quand Sarkozy lui a fait les yeux doux. Et il n'y est pas allé avec le dos de la cuillère : vas-y que je te donne de la fille aînée de l'Eglise, et de la remise en cause de la loi de 1905, et que je te passe et repasse des coups de brosse à reluire la mitre. Et allons donc jusqu'à bazarder l'école de la République par la fenêtre avec l'eau du bénitier... "Dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le pasteur ou le curé parce qu’il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et la charisme d’un engagement porté par l’espérance". Ouch ! J'ai mal à la laïcité en ce début d'année...

Heureusement, il est quand même des bonnes nouvelles en ce début d'année :  à défaut d'avoir échappé au discours on n'aura pas la course... Le Paris-Dakar n'aura pas lieu ! Oui, oui, les "500 connards" chantés par Renaud resteront sur la ligne de départ. Allez, maintenant on veut l'annulation des JO !
par Louis publié dans : Actualité - Politique
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Mercredi 2 janvier 2008
croco.pngOn parle fréquement, à propos du journalisme, de quatrième pouvoir, qui viendrait s'ajouter aux trois autres pouvoirs bien connus depuis Montesquieu, à savoir le législatif, l'executif et le judiciaire. C'est un thème galvaudé, maintes fois rebattu, sans cesse discuté. Pourtant, j'ai eu l'occasion d'en faire l'expérience concrète  tout récemment, dans le cadre du stage hivernal que j'effectue ces jours-ci...

J'ai écrit il y a quelques jours un article sur la situation politique d'une petite bourgade d'Île de France à trois mois des municipales. Je me suis penché sur l'agglomération en question car depuis un an et des élections partielles qui ont renouvelé le conseil municipal de la ville, la situation est complétement bloquée. En effet, l'opposition au maire est devenue majoritaire, et l'entente entre l'édile et ses élus est loin d'être au beau fixe. Le maire refuse de composer avec eux, en retour ils refusent de voter la plupart des budgets réclamés par le maire, du coup un comité de soutien au maire s'est monté, bref : ambiance Clochemerle...

Pour les besoins de l'article, j'ai contacté par téléphone un certain nombre d'interlocuteurs, et notamment M. le maire. Dans la salle de rédaction, on m'avait prévenu : "Tu vas voir, c'est une mauvaise tête." "Oh, lui... il est autoritaire comme pas permis" et  je passe sur d'autres descriptions peu amènes du personnage. Et j'ai effectivement été servi au début de notre entretien téléphonique. "Ah, vous travaillez pour ce journal ? Eh bien je voudrais vous dire avant tout que j'en ai marre de vos articles mensongers à mon encontre, de vos calomnies, que vous ne savez pas faire votre métier...". Mon interlocuteur m'a bien aggressé une minute de la sorte. Quand j'ai pu en placer une, je lui ai expliqué que je n'avais pour l'instant jamais écrit sur lui, que je n'étais pas comptable de ce qui avait été écrit avant (dont je doute serieusement que ç'ait pu être partial en sa défaveur) et que de toutes façons je n'étais pas du département. Puis, sans trop y croire, j'ajoutai : "Bon, vous voulez bien répondre à mes questions ou pas ?". "Si je ne réponds pas de toutes façons, vous allez mettre "M. le maire a refusé de répondre à nos questions" ?". J'ai eu le temps de bredouiller un "Oui, évidemment, puisque ce sera la vérité". Et il a répondu à mes questions...

C'est pas grand chose, mais c'est vraiment la première fois que je réalise vraiment, par l'expérience, que oui, le journaliste a bien du pouvoir et qu'il est de son devoir de s'en servir. C'est parce que M. le maire a eu la pression de la petite phrase assassine qu'il a citée qu'il s'est prêté à l'entretien que je sollicitais. Les journalistes ont du pouvoir. Bordel, j'ai du pouvoir.

undefinedCette épiphanie ne se suffit cependant pas à elle-même et il convient de ne pas sombrer dans la béatitude ou l'arrogance. Il me semble que deux contrepoints méritent particulièrement d'être soulevés, pas bien originaux non plus par ailleurs. Premièrement : avec ce pouvoir viennent des responsabilités particulières. Parceque le journaliste est puissant, parcequ'il a le pouvoir de détruire beaucoup de choses, il doit faire particulièrement attention. C'est une règle de base de la déontologie, je ne développe pas. Deuxièmement, plus intéressant : avec ce pouvoir viennent les emmerdes. Parceque le journaliste est puissant, parcequ'il détient un pouvoir, d'autres acteurs détenteurs ou aspirant à détenir un pouvoir vont chercher à le lui ravir, ou du moins à le diminuer. L'histoire de la censure est aussi longue que celle de la presse... Par ailleurs, Reporters Sans Frontières ne cesse de rappeller, avec son baromètre annuel, que la situation des journalistes dans le monde n'est pas toujours joyeuse, de l'emprisonnement aux assassinats en passant par les enlèvements. Et n'allons pas croire que tout va pour le mieux dans nos contrées pacifiées : les méthodes sont moins violentes, mais la volonté de contrôle est bien la même.
 
par Louis publié dans : Journalisme communauté : Apprentis journalistes
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Jeudi 27 décembre 2007
1285881yy.jpgLe week-end dernier, j'ai eu l'occasion de visiter l'exposition temporaire "Allemagne, les années noires", qui se tient actuellement et jusqu'au 4 février prochain au musée Maillol, à Paris. Présentant essentiellement des gravures et des dessins, l'expostion se propose d'evoquer les périodes troubles de la Première Guerre Mondiale et de la République de Weimar à travers le regard d'artistes tels qu'Otto Dix, George Grosz ou Max Beckmann. On n'en ressort, évidemment, pas indemne.

La première salle se concentre sur la guerre, avec notamment  de saisissantes eaux-fortes de Dix. Le trait est dur, les visages monstrueux, les morts se distinguant mal des vivants. La bichromie noir et blanc des dessins crée autant de jeux de contraste qui viennent amplifier l'impression très âpre que laissent ces évocations du sang, de la fange et de la merde.  Intéressante collection de cartes postales de l'artiste, qui, pour échapper à la censure,  dessinait de façon très sommaire ce qu'il voyait à ses proches.

Les dessins de George Grosz sont plus ronds mais tout aussi horribles. Parfois, on confine même à la bande dessinée, et je n'ai pu m'empêcher de songer aux travaux de Tardi (qui a très certainement vu les oeuvres de ces artistes allemands de l'entre-deux-guerres) sur le premier conflit mondial. Beckmann déroute, bouscule les perspectives, multiplie les angles improbables, aigüs, abrupts : face à ses oeuvres, on se penche souvent, on avance, on recule, on plisse les yeux, ce qui rend le trouble de l'artiste encore plus sensisble.

dix.jpgAu milieu de la salle, quelques affiches de propagande de l'époque, bien entendu lisses et héroïques, offrent un contraste qui donne encore plus de vigueur aux oeuvres présentées. En bout de salle, on passe de la guerre à la ville, dont sont offertes quelques représentations torturées : la ville est un espace de conflit, de promiscuité, d'oppression, d'avilissement. Le style est similaire à celui utilisé pour évoquer la guerre, et l'on comprend  d'ores et déjà l'importance que prend l'expérience du conflit dans la vision des artistes allemands d'après-guerre, avec en germe l'expressionisme.

A l'étage, les oeuvres dressent un tableau de la République de Weimar, en différents thèmes. D'abord les séquelles de la guerre : les mutilés qui mendient dans la rue, les gueules-cassées que l'on parque dans des sanatoriums pour ne pas les montrer (jusqu'à ce que le pacifiste Ernst Friedrich les montre dans un livre de photos internationaliste -il est écrit en quatre langues- en 1924)... Des rues où règnent aussi les prostituées, et où se multiplient les crimes sordides, là encore dans des évocations très crues de corps mutilés.

allemagneok.jpgDes rues agitées enfin, où se montent des coups d'état à n'en plus finir, où les milices et les orateurs de brasserie tiennent le haut du pavé. Grosz s'engage au KPD (parti communiste allemand) et livre des oeuvres plus engagées, notamment une série d'illustrations actualisées -avec capitalistes oppresseurs sur fond d'usines de brique- des Brigands de Schiller. Et tout comme je m'étais souvenu, dans la première salle, d'une exposition consacré à Dix que j'avais vue il y a près de dix ans à la fondation Maeght, je me suis remémoré la très bonne exposition du musée d'art moderne de Strasbourg d'il y a deux ans, dédiée à John Heartfield, un des pères du photomontage et qui a notamment réalisé au début des années 30 les couvertures d'AIZ, le journal du KPD. Le même style d'avant-garde, la même révolte, la même ingéniosité.

Au final, l'exposition secoue, bouleverse et est particulièrement riche des oeuvres qu'elle présente. On regrettera cependant que les explications se focalisent sur la dimension  historique et non sur le destin des artistes eux-mêmes ou sur des commentaires purement artistiques. En substance, on n'apprend pas grand chose de ces cartons. Mais c'est là bien peu de chose, tant les oeuvres, elles, sont éloquentes.

par Louis publié dans : Critiques
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Vendredi 21 décembre 2007

J'ai d'abord publié ça sur le blog de mon école de journalisme, mais en fait ça peut intéresser tout le monde... D'ailleurs, je publierai désormais aussi ici tout ce que je peux poster là bas. D'où l'ouverture d'une rubrique "Journalisme"...

Le journaliste, à l'instar de nombreuses autres professions (telles que l'agent secret, le mafioso ou la prostituée - le journaliste n'est-il pas un peu tout ça à la fois d'ailleurs ?), a nourri l'imaginaire de nombreux auteurs à travers les âges, aussi bien sur papier qu'à l'écran, et notamment en bandes dessinées. A l'approche des fêtes de fin d'année, pour changer un peu des sujets polémiques de cette rubrique, voici un petit guide tout à fait subjectif de bandes dessinées ayant trait, de près ou de loin, au journalisme, à offrir ou à se faire offrir. 

undefinedCommençons par l'incontournable Tintin, qui cumule le double avantage d'être le reporter et le personnage de bande dessinée le plus connu dans le monde. Il a fait rêver des millions d'enfants à travers ses voyages et ses aventures, et suscité plus d'une vocation de journaliste. Soulignons d'ailleurs qu'hormis de rares exceptions, on ne le voit quasimment jamais faire son boulot de reporter. Pour ceux qui ont déjà tous les albums ou qui cherchent un beau cadeau, les éditions Casterman ont eu la bonne idée de ressortir depuis peu des fac-simile des anciennes éditions des premiers albums. A ne pas manquer (antisémitisme, racisme et anticommunisme une fois mis de côté). 

On retrouve aussi beaucoup de héros-journalistes dans la bande dessinée populaire américaine. Impossible de ne pas évoquer Peter Parker (alias Spiderman), photo reporter au Daily Bugle quand il ne saute pas d'immeubles en immeubles dans un costume ridicule. Non moins ridicule, le costume moule-boule de Superman (alias Clark Kent), qui est à la ville journaliste au Daily Planet de Metropolis. Le métier de journaliste est là aussi plus un prétexte qu'autre chose, même si dans les créations les plus récentes cet aspect des personnages est un peu plus exploré. 

Plus intéressants, les personnages de Ben Urich et Sally Floyd, qui officient respectivement au Daily Bugle et à The Alternative. Le premier est un personnage récurrent des comics Spiderman et Daredevil, journaliste d'investigation rodé et solitaire (et un peu loser façon Woody Allen). La seconde est une jeune et pimpante journaliste, un poil idéaliste. On les retrouve tous les deux dans la série de comics Civil War, sortie l'année dernière, et qui raconte la guerre civile (sans blague) entre superhéros après que le gouvernement américain ait passé une loi de sécurité intérieure obligeant les vengeurs masqués à se découvrir. Les pro-gouvernement sont menés par Iron Man et affrontent les anti-gouvernement emmenés par... Captain America. Je posterai de toutes façons quelques pages de ce comic tout bientôt.

DMZ-Vol-1-800x600.jpgPour finir avec les comics, citons le remarquable DMZ, dont le personnage principal, Matthew Roth, est lui aussi journaliste. "DMZ" pour De-Militarized Zone, ainsi que l'on nomme Manhattan depuis quelle se trouve au coeur d'une guerre civile (décidemment) américaine, qui l'a complètement dévastée - genre Sarajevo en 1993 c'est rien à côté. Notre joyeux journaliste novice se retrouve parachuté au beau milieu de cette jungle urbaine où snipers et attentats sont le lot quotidien des habitants de la zone. Et peu à peu, il apprend sur le tas son métier, se met à faire des reportages, devient une figure reconnue, d'autant plus facilement qu'il est le seul journaliste sur place. C'est très bien réalisé graphiquement et remarquablement écrit. 

Revenons à la bande dessinée européenne, avec la sortie de Chroniques Birmanes, de Guy Delisle. L'auteur n'est pas journaliste, mais peut y être assimilé tant ses récits autobiographiques sont comme de grands reportages édifiants. Guy Delisle n'en est  en effet pas à son coup d'essai, puisqu'il a déjà pu raconter avec Shenzen et Pyongyang l'expérience de deux autres dictatures asiatiques. A chaque fois, il raconte dans un style graphique simple et d'une écriture légère et pertinente ses voyages dans des pays encore trop méconnus. Bref, c'est vraiment bien !

Les-mauvaises-gens.jpgDans la même veine de ce que l'on commence à appeler le "journalisme de bandes dessinées", citons l'excellent Etienne Davodeau, qui s'est fait une spécialité des albums-reportages en province, avec des vrais gens. Dans Rural ! il nous raconte l'histoire d'un groupe de jeunes agriculteurs du Maine qui décident de se convertir à l'agriculture biologique et responsable, alors qu'une autoroute est en construction dans la région. Les Mauvaises Gens est consacré au passé militant et syndical de toute une génération d'habitants des Mauges, région très traditionnelle comme on peut en trouver à l'ouest. Enfin on ne saurait que trop conseiller Un Homme est Mort, récit en collaboration avec Kris, à la précision journalistique admirable, de la mort d'un militant méconnu lors des grandes grèves de Brest dans les années 50. 

Pour finir, évoquons Le Photographe, bande dessinée de Guibert déclinée en trois tomes se basant sur les photographies de Didier Lefèvre, photo reporter en Afghanistan, décédé cette année. Le dessin est épuré, le propos est particuièrement saisissant, la série  récompensée cette année à Angoulème. Et surtout, je compte sur vous pour ajouter de nombreuses autres bandes dessinées à cette liste, de Ric Hochet à Fantasio, les journalistes dessinés ne manquent pas !

par Louis publié dans : Journalisme communauté : Apprentis journalistes
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Vendredi 14 décembre 2007

ken-loach.1180260649.jpgLundi 10 décembre, 19h30, près de 500 personnes sont massées dans la plus grande salle de cinéma d'un complexe du centre de Paris. Ce soir on joue en avant-première « It's a free world », le nouveau film de Ken Loach. Le réalisateur britannique est bien connu du public français, lui qui a déjà reçu deux fois la Palme d'Or à Cannes, pour « Land and Freedom » en 1995 et « Le vent de lève » en 2006. Ses films sont tous marqués par une forte conscience sociale et un engagement politique affirmé (il avait appelé à voter Besancenot aux dernières élections présidentielles françaises), et son dernier long-métrage ne déroge pas à la règle.

 

« It's a free world » traite en effet des travailleurs immigrés en Angleterre, notamment originaires de l'Europe de l'Est, que l'on fait venir en leur promettant monts et merveille et qu'il s'agit en fait d'exploiter à moindre coût. Le personnage principal du film, Angie, est une ancienne collaboratrice d'une entreprise de recrutement de travailleurs étrangers, qui décide de monter sa propre boîte dans le secteur avec une associée, Rose. Petit à petit, l'activité se développe, l'engrenage dans lequel elles ont mis le doigt se met en branle, et la logique de profit prend de plus en plus le pas sur la raison humaine, jusqu'à outrepasser la loi.

 

A la fin du film, Ken Loach entre dans la salle, accueilli par une standing ovation. Il va rester une demi-heure pour répondre à quelques questions à chaud de l'assistance. C'est cette séance de questions/réponses, assez éclairante, que j'ai voulu retranscrire plutôt que de faire une critique du film que vous aurez tout le loisir de découvrir par vous mêmes...

 

Pourquoi avez-vous choisi de traiter ce thème du travail immigré du point de vue de l'exploiteur plutôt que de l'exploité ?

Effectivement, on aurait pu faire un film en suivant un travailleur immigré depuis son départ de son pays jusqu'à son arrivée en Angleterre, puis décrire sa vie sur place. C'est la construction classique. Il m'a semblé plus intéressant, plus déroutant, d'essayer de montrer la logique de l'exploiteur plutôt que celle de l'exploité, car elle est plus complexe et plus insidieuse.

Par exemp
le, dans le film, le personnage d'Angie nous est sympathique au départ : elle se fait harceler à son travail, se fait licencier car refuse les avances de ses supérieurs, décide de prendre son courage à deux mains et de monter sa propre entreprise... Mais au fur et à mesure du film elle va changer, et les logiques qui sous-tendent se changement son mises à jour. Angie quelque part symbolise un peu « l'air du temps ». On nous demande à tous d'être des entrepreneurs aujourd'hui...


Pourquoi avoir choisi un personnage principal féminin ?

On a choisi un personnage féminin car on attendrait plus un homme dans cette situation. C'est une volonté délibérée de montrer que les femmes ne sont pas plus douces parce qu'elles sont femmes, et qu'elles peuvent être tout aussi dégueulasses que les hommes. Vous savez, on a eu Thatcher... Elle était moins sexy qu'Angie mais bien plus terrible. L'idée c'est de faire parcourir un plus long chemin au public. Aujourd'hui encore on serait enclin à penser qu'une femme est plus sympathique qu'un homme. Le film est donc plus complexe, plus intéressant je crois.

Pourquoi vous ne montrez pas que les entreprises peuvent tout à fait réussir par des voies légales, et que c'est justement un
scandale que certaines contreviennent à la loi ?


Il y a des entrepreneurs qui n'enfreignent pas la loi bien sûr. Je crois que j'en ai rencontré un. (sic) Mais je voulais montrer toute l'importance qu'a pris ce système de travail immigré à bas salaires. Tout ce qui est dans les supermarchés est produit par des gens exploités comme ceux du film. On a calculé que le prix des fruits dans les supermarchés n'est pas possible en payant les gens légalement, avec des salaires décents. Mais on sait bien que ça arrange le gouvernement qu'il y ait des travailleurs de ce type, des working poor, pour préserver l'économie. Non seulement c'est toléré mais c'est en plus nécessaire à nos économies.

130269-1-it-s-a-free-world.jpgPour faire le film nous avons rencontré des travailleurs immigrés. On a entendu des choses horribles, on aurait pu faire un film complet à partir de toutes ces histoires qu'on nous a racontées. Par exemple, celle d'un Chinois qui est arrivé en Angleterre à l'arrière d'un camion de marchandises, qui travaillait 24 heures sur 24 pour rembourser son passage. Il est mort d'une hémorragie cérébrale. Il y a aussi cette soixantaine de Lituaniennes qui travaillent dans une exploitation agricole du Kent, avec des horaires très durs, logées dans des baraquements indécents. Nous avons demandé à l'exploitant si il ne pouvait pas embaucher des gens du coin. Il nous a répondu tout simplement : « Non, personne n'accepterait ces conditions de travail ». Et cette histoire n'est pas une exception.

Pourquoi n'insistez vous pas plus dans le film sur la responsabilité du gouvernement ?

Nous avons préféré laisser la question ouverte au public. Il y a une responsabilité collective : les syndicats doivent organiser la main d'oeuvre immigrée, ils doivent s'emparer de cette question. Dans mon pays, vous savez, il n'y a que des partis libéraux, et ce qu'on voit dans le film, c'est le monde qu'ils ont voulu. Puisqu'on ne peut pas les convaincre, il faut qu'on les remplace.

Quel est le rôle de Rose, l'associée d'Angie, dans le film ?

C'était plus intéressant d'avoir deux personnages, puisqu'il peut alors y avoir un partage des idées, du travail, des dialogues. Rose est un peu comme Angie au début mais à un moment elle ne peut plus accepter ce que fait son associée, devenue obsessive. Elle finit par apporter un point de vue moral, comme le fait le personnage du père d'Angie depuis le début.

Votre film est particulièrement intéressant parce qu'on retrouve les mêmes schémas qu'en France, avec des sans-papiers traqués et exploités...


Il est clair que c'est un problème qui dépasse les frontières. Il faut aider les immigrants partout où ils sont, et dénoncer ce système qui les pousse à quitter leurs pays en quête d'un rêve qui n'est que de la poudre aux yeux.

Comment expliquez-vous que le cinéma anglais arrive à traiter de sujets vraiment populaires, engagés, alors qu'en France pas vraiment ? Et qu'allez vous voir comme films au cinéma ?

Oh, je suis sûr qu'il y a des cinéastes français qui s'emparent aussi de ce type de sujets. Je suis allé voir un film français sorti tout récemment, « La Graine et le Mulet » [NDLR : d'Abdellatif Kéchiche], qui était très intéressant. Je suis sûr qu'il y en a plein d'autres. Sinon oui, je vais au cinéma de temps en temps...


La plupart de vos films sont sublimes. Quelles difficultés rencontre un cinéaste comme vous pour réaliser son oeuvre ? De quoi vous inspirez vous ?

Je travaille avec un scénariste écossais qui vit à Madrid. On s'envoie des articles de journaux qui nous intéressent, on s'appelle souvent, on s'échange des résultats de matches de foot, etc. J'ai du mal à expliquer mon travail comme ça... On peut nourrir son travail en s'engageant, et à travers l'engagement, les gens qu'on rencontre, les histoires qu'ils racontent, tout ça compte beaucoup. Les gens qui se battent me redonnent du courage, quand le spectacle de la politique est terriblement tragique.


Vous aimez le chocolat Cadburry ? Jeudi j'étais dans une usine Cadburry en Angleterre, ouverte depuis 200 ans, qui va être délocalisée en Pologne. L'usine est dans une petite ville et tout le monde travaille dans cette usine. Il pleuvait des cordes et il y avait pourtant 600 personnes qui ont manifesté. Dans le cortège, il y avait toutes ces histoires, des générations entières qui ont travaillé pour l'usine. C'étaient des gens très innocents, déterminés à se battre. Ils savent pourtant que l'époque ne leur est pas favorable. Et si c'est un drame aujourd'hui, c'est aussi un drame pour demain. On sait bien que la génération suivante de cette ville aura des problèmes de drogue, de divorces, etc.

Quand vous me demandez ce qui me pousse, je trouve que faire des films est une option « soft » en matière d'engagement...

Vous auriez pu traiter de la même question dans un documentaire, pourquoi avoir choisi de faire une fiction ?

Effectivement, ça aurait pu aussi être un documentaire. Mais avec un film de fiction, on peut mettre à jour les conflits de façon bien plus complexe. En écrivant les personnages de la famille d'Angie, on a voulu traiter de thèmes annexes, comme les générations d'avant, les changements dans le monde du travail, les difficultés d'élever un enfant en étant une femme seule, le point de vue de l'enfant aussi... On voulait rendre tous ces sujets implicites mais présents. Avec la fiction on peut être plus subtil. Même si il y a un propos politique dans le film et que dans sa préparation il y a une démarche de documentariste, la fiction me semble plus riche.
par Louis publié dans : Rubrique à brac
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Mardi 4 décembre 2007
Lasoci--t--dit.jpg
Et on continue dans les images en bichromie...
par Louis publié dans : Rubrique à brac
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Mardi 4 décembre 2007
Jourdefete.jpg
Hop, encore une petite illustration  sombre, comme d'habitude, à fonction cathartique. A prendre comme telle et pas autrement .
par Louis publié dans : Rubrique à brac
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